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Un conte de Noël

16 décembre 2013 - Par Jean-Marie Lebel, historien

Le plus beau Noël du bonhomme Samuel et de mademoiselle Amélie

Lorsque vient le temps des Fêtes, il l’arrive de regarder les belles cartes de Noël d’autrefois. Elles peuvent évoquer tant d’histoires ! Celle qui illustre cette chronique date de plus d’un demi-siècle. Elle nous montre une pittoresque scène du terroir québécois.

 

Il était une fois dans Bellechasse

Les deux chevaux que l’on voit tirer le traîneau portant le bonhomme Samuel et mademoiselle Amélie s’appelaient Prince et Royal. C’étaient deux fiers et valeureux chevaux, inséparables, qui s’étaient toujours quelque peu jalousés l’un et l’autre. Le bonhomme Samuel Lacroix, n’ayant guère le choix, devait toujours se déplacer avec ses deux chevaux ; il n’était pas question d’en laisser un des deux à l’écurie. Le délaissé aurait été furieux.

Au loin, au-delà du village et du clocher de l’église, on aperçoit le fleuve et les montagnes de la rive nord. Chaque mercredi et chaque dimanche, le bonhomme Samuel et mademoiselle Amélie, qui avaient bien maintenant tous les deux dans les 70 ans, quittaient leur rang d’En Haut et descendaient au vieux village du beau comté de Bellechasse.

Le mercredi, les chevaux Prince et Royal se dirigeaient d’eux-mêmes vers le magasin général, puis se rendaient au bureau de poste. Enfin, attendant de discrètes instructions (car ils n’aimaient pas se faire mener par le bout du nez), ils acceptaient de se rendre à la boutique de forge, ou bien à la maison du médecin, ou bien encore chez la chère cousine Éva, qui se répétait sans cesse, mais dont le sucre à la crème n’avait pas encore son égal dans la paroisse.

Le dimanche, entendant le tintement des cloches, les chevaux du bonhomme Samuel savaient très bien qu’ils devaient se rendre à l’église et se placer près de la sacristie, à la droite du cheval du maire Cléophas Corriveau. C’était d’ailleurs tout un honneur pour les vieux chevaux Prince et Royal. Un rien leur faisait croire qu’ils étaient importants et indispensables.

 

Dans la vieille maison du rang d’En Haut

Le bonhomme Samuel n’était pas un grand « parleux » et était plutôt « bougonneux ». Pas de palabres pour rien. Pourquoi parler de température, puisqu’on ne peut rien y changer ? Veuf depuis quelques années, il avait perdu ses deux fils à la guerre. Dans la poche intérieure de son veston d’habit du dimanche, il conservait les décorations militaires de ses fils qu’un général était venu lui porter.

Dans la grande maison ancestrale du rang d’En Haut, aux grandes galeries et aux nombreuses lucarnes, le bonhomme Samuel vivait seul avec sa soeur Amélie. Cette dernière, toujours distinguée et coquette, une ancienne maîtresse d’école, avait enseigné plus de 40 ans à l’école du rang d’En Haut. C’est pourquoi tant de gens de la paroisse l’appelaient affectueusement « mademoiselle Amélie », comme à l’époque où ils étaient ses jeunes élèves. « Vous ne vieillissez pas », lui disaient-ils. « Vous aurez toujours l’air aussi malcommodes », leur répondait-elle.

 

D’étranges occupations

Lorsque vint le mois de décembre de 1948, le bonhomme Samuel remarqua que sa soeur Amélie passait beaucoup de temps à un pupitre, dans un coin de la cuisine d’été, à fabriquer des petits personnages avec du carton et des morceaux de tissu. « Retomberait-elle en enfance ? » se demandait-il en fumant sa pipe. Un jour, l’épiant sans en avoir l’air, il comprit tout à coup ce qu’elle était en train de fabriquer.

Puis, ce fut au tour de mademoiselle Amélie de se demander ce que son frère Samuel pouvait bien faire à son établi, dans le fond de la « shed », à la lueur d’un fanal, à travailler des bouts de bois.

 

Une veille de Noël pas comme les autres

C’était un hiver passablement doux, mais très neigeux. Les bancs de neige s’accumulaient depuis les bordées de la Sainte-Catherine et de la fête de Notre- Dame des Avents. La veille de Noël arriva. Le gros appareil de radio du salon était allumé et les chansons de Noël se succédaient à l’antenne de CHRC , entrecoupées des annonces du magasin Paquet, de Montcalm Automobiles, des disquaires St-Cyr & Frères, des quincailliers Samson & Filion, des électriciens Turgeon & Jobin et de la bière Boswell « toujours aussi bonne depuis 100 ans ». Le Petit papa Noël de Tino Rossi émouvait, une fois de plus, Amélie qui ne pouvait s’empêcher de penser à ses élèves. Le Venez divin Messie de Raoul Jobin impressionnait Samuel. « Ce Jobin est presque aussi bon que notre maître chantre de la paroisse », songeait-il.

Lorsque l’horloge grand-père, héritée de l’oncle Napoléon, qui avait été notaire à Rimouski, sonna ses 10 coups de 10 h, Amélie commença à disposer ses petits personnages sur le beau vieux buffet vitré du salon. Il y avait les pieux personnages de la Sainte Famille, les trois Rois mages avec leurs somptueux habits, des bergers de tous les âges et un bon nombre de moutons dépareillés. Samuel partit alors pour son établi. Il en revint avec une structure en bois qu’il plaça avec soin au-dessus de la Sainte Famille, du boeuf et de l’âne gris. C’était fait en vieux bois de grange. La toiture était recouverte de petits bardeaux de cèdre. « Ils seront à l’abri du nordet », se contenta de dire Samuel de son ton bourru habituel. « Ils en seront tellement heureux », dit doucement Amélie. Leurs regards se croisèrent. Leurs yeux étaient pleins d’étoiles.

SOURCE : Illustration de Tom Stone pour une carte de Noël des Canadian Artists Series. Collection de l’auteur.

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