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Toute une économie… dans le bac à recyclage

8 décembre 2011 - Par Johanne Martin

Depuis l’avènement du bac roulant, il y a une dizaine d’années, la quantité de matière recyclable acheminée dans les centres de tri a plus que doublé. Effet combiné d’une plus grande conscience sociale à l’égard de l’environnement, d’une confiance accrue de la population en la capacité de donner une deuxième vie aux résidus et de l’émergence de nouveaux marchés, le contenu des grosses poubelles de plastique est à la base d’une économie méconnue, mais bien réelle.

La Politique québécoise de gestion des matières résiduelles est on ne peut plus claire : dans son plan d’action 2011-2015, le ministère du Développement durable vise à ramener à 700 kg par habitant – 110 kg de moins qu’en 2008 – la quantité de matières résiduelles qui aboutit dans les lieux d’enfouissement technique. À cet objectif vient s’ajouter celui de parvenir à recycler 70 % du papier, du carton, du plastique, du verre et du métal consommés.

À l’échelle de la grande région de Québec, la Société V.I.A. rapporte que quelque 103 000 tonnes de matières recyclables ont convergé vers ses différents centres de tri au cours de la dernière année. L’entreprise, dont le territoire s’étend des limites de Portneuf à Sept-Îles sur la rive nord, et de Lotbinière à Matane sur la rive sud, a d’ailleurs enregistré, en 2010, une croissance dans toutes les municipalités qu’elle dessert. Une augmentation des résidus qui lui sont envoyés et qu’elle s’emploie ensuite à séparer en 25 produits distincts. Mais comment les matières récupérées se répartissent-elles dans le bac de recyclage et que fait-on de ces déchets qui offrent aujourd’hui des perspectives plus qu’intéressantes ?

Papier et carton

« Le papier et le carton représentent respectivement 45 % et 33 % des matières issues de la collecte sélective, établit d’entrée de jeu le directeur général de la Société V.I.A., André Poitras. Les applications sont nombreuses et se sont beaucoup développées depuis une vingtaine d’années. En ce qui concerne le papier journal, par exemple, on fabrique de nos jours un papier fait de 60 % de fibres recyclées. Au début des années 90, rappelons-nous que ce type de produit n’existait pas. »

Plastique

Le plastique, pour sa part, compte pour 4 % des résidus amassés. Dans les centres de tri, les contenants sont séparés par catégorie, puis mis en ballots. Ici aussi, les acheteurs travaillent activement à trouver de nouveaux débouchés et, parallèlement, à réduire la quantité de matière non recyclable produite à base de pétrole.

« Tout comme on l’observe dans le cas du papier et du carton, la recherche de solutions pour donner une deuxième vie au plastique a également connu un essor considérable, confirme M. Poitras. Actuellement, mentionnons simplement, pour illustrer nos propos, qu’une entreprise québécoise est à mettre sur le marché des pots de fleurs faits de plastique et de Tetra Pak. »

Verre

Le verre, de son côté, occupe 10 % du bac de récupération. D’abord classé selon sa couleur (vert, brun ou clair), puis décontaminé, lavé et concassé sous forme de calcin, il peut par la suite être recyclé à l’infini en raison de ses composantes non toxiques, de sa transformation qui engage un procédé relativement simple et qui affecte peu l’environnement.

« Pour le verre aussi, de plus en plus de nouveaux marchés et de nouvelles possibilités apparaissent. À cet égard, citons son usage dans le filtrage de l’eau, l’utilisation du jet de verre dans le sablage industriel – moins toxique que le jet de sable – et l’emploi de la laine de verre comme isolant dans les maisons », indique le gestionnaire, dont les services profitent directement à près d’un million de personnes.

Métaux

Enfin, les métaux représentent 4 % des matières récupérées par la collecte sélective et peuvent être recyclés indéfiniment. Leur réemploi permet de réduire considérablement les besoins d’extraction de matières premières et les risques de contamination. Les métaux récupérés sont refondus afin d’être transformés en différents produits, eux-mêmes recyclables.

Une industrie moderne et créatrice d’emplois

Il y a, bien entendu, toute cette industrie, très novatrice, née de la récupération des matières résiduelles – un secteur en pleine progression dont on peut difficilement quantifier les retombées –, qui fait sentir son influence, mais en amont, les centres de tri aussi se modernisent.

Depuis le début de septembre, à l’usine de Lévis de la Société V.I.A., deux nouveaux systèmes de triage optique à jets d’air comprimé munis de convoyeurs roulant à 600 pieds par minute ont permis d’augmenter de près de 50 % la capacité de traitement des matières recyclées qui y sont acheminées.

« La technologie que nous venons d’acquérir diminue les rejets parce que le triage s’effectue dorénavant de façon plus pointue », explique le directeur général de la Société, qui traite annuellement l’équivalent de 22 000 camions de collecte sélective, soit un camion toutes les six minutes.

L’entreprise spécialisée dans le conditionnement et la valorisation des matières recyclables, qui célébrera prochainement son 35e anniversaire, en est à sa huitième phase de mécanisation. La dernière en liste, la plus importante dans l’histoire de l’organisation, a exigé un investissement d’un peu plus de quatre millions de dollars. La somme investie se révèle d’autant plus impressionnante que les revenus de la Société V.I.A. sont réalisés uniquement au moment de la revente de la matière triée, d’où la nécessité d’assurer une qualité supérieure et de soutenir des actions de conscientisation à l’importance du recyclage domestique.

« C’est d’ailleurs grâce à une qualité de produit supérieure que nous pouvons nous targuer d’être l’un des rares centres de tri à écouler la grande majorité de nos matières – 98 % – dans des usines québécoises, reprend André Poitras. Notre façon de faire nous a évité les problèmes rencontrés dans plusieurs établissements semblables au nôtre au Québec quand le marché est tombé en 2008. »

La mise en valeur des matières résiduelles crée évidemment des emplois puisque de nombreux acteurs sont impliqués dans les différentes étapes qui mènent à la mise en marché de produits à contenu recyclé. Les matières doivent être collectées, triées, traitées, transformées, puis intégrées dans la fabrication de nouveaux produits. À cela s’ajoute la contribution des entreprises qui interviennent en recherche et développement.

Du point de vue du consommateur, l’achat de produits à contenu recyclé permet de maintenir, voire d’accroître la demande pour les matières qui entrent dans la fabrication de nouveaux produits. Une deuxième vie est ainsi accordée à des résidus qui autrement seraient éliminés. Et c’est sans compter l’effet cumulé de tous ces gestes sur la réduction des gaz à effet de serre et les changements climatiques…

Une deuxième vie… pour le sapin aussi !

Sapin naturel ou artificiel ? À l’approche des Fêtes, plusieurs hésitent encore. Sachez que la production de la plupart des arbres artificiels consomme du pétrole, une ressource non renouvelable. Cette production se fait généralement à l’étranger et les arbres artificiels doivent parcourir des milliers de kilomètres avant d’arriver jusqu’à nous. De plus, une fois leur vie utile terminée, ces arbres ne peuvent être recyclés et leur matière n’est pas biodégradable.

Un arbre naturel cultivé par un producteur local constitue un meilleur choix que le sapin articifiel qui consomme du pétrole.
Un arbre naturel cultivé par un producteur local constitue un meilleur choix que le sapin articifiel qui consomme du pétrole.

Un arbre naturel cultivé par un producteur local constitue, par conséquent, un bon choix. Attention toutefois aux glaçons et à la neige artificielle qui restent souvent collés aux branches des arbres naturels et qui par conséquent rendent leur recyclage en copeaux, paillis et huile essentielle difficile. Vu la trop grande quantité de contaminants présents sur les arbres, les copeaux de bois produits à partir des sapins amassés à Québec ont d’ailleurs dû, pour une première fois cette année, emprunter une nouvelle avenue. Plutôt que d’être envoyés dans un centre de compostage, ils ont servi de matière première pour le chauffage thermique.

Sources : Recyc-Québec et Ville de Québec

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