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Patrick Brunel, pape à Châteauneuf

7 novembre 2014 - Par Jean Chouzenoux

Tous les Québécois connaissent le Châteauneuf-du-Pape. Jadis, c’était le vin qui trônait sur la table familiale le dimanche midi ou lors des grandes occasions. Nos aïeux savaient-ils alors que cette bouteille payée à fort prix tirait son nom du village du même nom, baptisé ainsi en hommage aux papes viticulteurs ?

Un peu d’histoire

En effet, pendant un temps, au XIVe siècle, la ville voisine d’Avignon fut le lieu de fonction officiel de la papauté. Tout autour, la vigne foisonnait et du sang du Christ à la vigne, il n’y a qu’un pas que le pape Clément V franchit allègrement en aidant nombre de vignerons à s’installer, moyennant, bien sûr, quelques barriques de vin papal en retour. Si bien qu’à la fin du règne des neuf papes avignonnais et au retour de leurs successeurs à Rome, on ajouta les mots « du Pape » au nom du village de Châteauneuf.

Le Château de la Gardine et sa tour carrée

Soyons contemporains

Quelque 800 ans plus tard, dans les années 1940, la famille Brunel, forte d’une expérience déjà séculaire, acquiert le Château de la Gardine, par l’entremise de Gaston. Voulant fuir les bombardements qui sévissaient sur les villes de France, Gaston s’expatrie vers la campagne et achète cette propriété où la vigne prospère depuis les années 1800, sur un peu plus de huit hectares. Aujourd’hui, ce sont ses deux fils, Patrick et Maxime, qui portent le flambeau.

À l’époque, le domaine porte le nom de La Garde. La garde, c’est le nom que porte le rideau rouge que l’on tire pour faire place au cirque et Patrick de me dire : « Pourtant, ce n’est pas toujours le cirque que de faire notre métier ! » Avec l’usage du temps, La Garde a glissé vers La Gardine.

Tout plein de Brunel s’échinent à produire un million de bouteilles annuellement. Comme le veut le dicton, « vaut mieux un pas à plusieurs que cent pas tout seul » ! Le clan est composé d’Eve et Maryse, leur épouse respective, ainsi que de Marie-Odile et Philippe, leurs enfants. Ensemble et dans des rôles bien précis, ils supervisent les 52 hectares du vignoble.

Comme le dit Patrick, « Nous sommes des accoucheurs, voire des pédiatres, nous voyons à la mise au monde de nos vins et à leur élevage. » Eve, l’épouse de Patrick, est œnologue et s’active principalement à une autre propriété de la famille, le Château St-Roch. Chez les Brunel, on produit bien des vins qui se retrouvent sur les rayons québécois. Le plus connu est sans doute le Benjamin de Brunel, mais il y a le Château St-Roch, en rouge et blanc, le Châteauneuf, la Cuvée des Générations et, en quantité fortement contingentée, la Cuvée Immortelle.

Le clan des Brunel : Devant, Maxime et Maryse. Derrière, Philippe, Marie-Odile, Patrick et Eve.

À ces vins produits à leurs deux propriétés s’est ajoutée une opération de négoce, si bien qu’on se sentait à l’étroit à La Gardine. Alors, le jour de mon passage, mon hôte était tout fier de me montrer le parachèvement des travaux d’agrandissement des entrepôts. Mille mètres carrés supplémentaires et un plafond qui tient sur des poutres longues comme ça ! Pour les mener à bon port, le camion qui les transportait a bloqué les routes du petit village de Châteauneuf-du-Pape pendant trois heures…

Une histoire passionnée avec le Québec

Patrick Brunel entretient une longue histoire d’amour avec le Québec. Eve et lui s’y rendent annuellement depuis deux décennies pour rencontrer les conseillers de la SAQ, pour participer aux différents salons des vins et pas uniquement dans les grands centres comme Montréal et Québec. En fait, je crois qu’ils connaissent mieux certaines régions du Québec que bien de nos compatriotes. Leur attachement, ils ont su le démontrer en créant une bouteille toute spéciale pour les 400 ans de la ville de Québec, en embossant l’encolure de chaque bouteille d’une magnifique fleur de lys. Conséquemment, ils songent déjà à une idée pour le 475e de la ville de Montréal.

C’est dans ces chais qu’a été tourné un chapitre de la série télé française Le sang de la vigne.

De plus, tant qu’à s’immerger, aussi bien le faire totalement… il faut entendre Patrick nous raconter avec son accent truculent (ce sont eux qui ont un accent, pas nous !) leurs promenades en motoneige, leurs randonnées en traîneaux à chiens ou encore, leur initiation à la pêche blanche ! Le problème, c’est qu’ils n’étaient pas habillés bien chaudement, nos amis. 

En retour, sachez que chez les Brunel, on sait recevoir les cousins québécois. À quelques reprises, lors des voyages viticoles organisés pour les abonnés du Courrier vinicole de la SAQ, nous avons effectué un arrêt à La Gardine. À la traditionnelle visite des chais et à la dégustation des vins de l’année s’ajoutaient la dégustation de vieux millésimes et la sublime brouillade aux truffes pour accompagner l’étonnant Châteauneuf-du-Pape blanc… et toute la famille, y compris la maman de Patrick, se mettait à battre les œufs et à râper les truffes sous le regard ébahi des amateurs québécois. Voilà qui prouve bien que le plaisir dans le vin, c’est le partage !

Terminons sur cette dernière anecdote : depuis trois ans, une série télé policière française construit ses intrigues autour de la filière viticole. Aux sordides meurtres se collent des panoramas de rêve filmés dans les plus beaux vignobles de France. Je vous le donne en mille, un épisode de la saison 2014 a été tourné dans les chais de La Gardine. Ça s’intitule Le sang de la vigne… bientôt, peut-être, sur les ondes de TV5 ? 

L’un des vins offerts à la SAQ :
Château de la Gardine 2011
Appellation Châteauneuf-du-Pape
Code SAQ : 22889
Prix : 36,75 $

 

 

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