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Melissa Etheridge - Du Kansas à Québec

20 février 2017 - Par Jacques Noël

« Un de mes ancêtres vivait à Québec, il y a sept générations. C’est formidable, car j’ai toujours eu une telle connexion avec les Québécois depuis mes débuts. Mes premiers hits, mon premier grand spectacle où je pouvais compter les spectateurs par milliers, c’était ici. Comme s’il restait peut-être une empreinte de ça dans le sang », racontait fièrement Melissa Etheridge, l’an dernier, après son passage à l’émission Who Do You Think You Are ?, le Qui êtes-vous ? américain.

Pour l’occasion, la chanteuse rock, originaire du Kansas, qui a eu une quinzaine de nominations aux Grammy Awards (elle en a gagné deux), s’était déplacée dans la Cité de Champlain afin de découvrir ces empreintes laissées dans les archives par son ancêtre, François Janis (1676-1751), un aubergiste de la rue du Cul-de-Sac. Cette minuscule rue située juste derrière la maison Chevalier donnait, à l’époque, directement sur le port le plus actif de la Nouvelle-France.

Le recensement de 1716 nous montre bel et bien que François habite la « Rue Du Cul de Sac » avec sa femme, ses six enfants ainsi qu’une servante.

Janis venait de la Champagne. En 1704, il épouse à Trois-Rivières Simone Brousseau-Chalifoux (1684-1746), une Canadienne de la troisième génération, qui lui donnera 11 enfants. Les cinq premiers naissent à Trois-Rivières, puis les autres, à partir de 1712, à Québec (plusieurs mourront très jeunes). C’est aussi au pied du cap Diamant que François rendra l’âme en 1751. Le dernier de la famille, Nicolas-François (1720-1781), aura une vie glorieuse au Pays des Illinois.

L’histoire de la famille de Melissa Etheridge ouvre tout le volet, peu connu tant ici qu’aux États-Unis, sur notre aventure au cœur du continent. Au 20e siècle, Hollywood a réécrit l’histoire de la conquête de l’Ouest avec ses cowboys à la gueule patibulaire et à la gâchette ultrarapide, faisant fi de la présence française qui les avait précédés, pacifiquement, pendant deux siècles, sur cet immense territoire s’étendant des Appalaches aux Rocheuses.

En 1740, le jeune Nicolas-François, donc, est engagé par Paul Lamarque, sieur Marin, comme voyageur. Destination : poste de la Baie, l’actuelle Green Bay découverte en 1634 par Jean Nicolet. L’année suivante, on l’envoie à rivière Saint-Joseph, l’actuelle ville de Niles au Michigan. Le tout, en gros canots d’écorce, évidemment, à la sueur d’épaules, au départ de Montréal. Du sport extrême avant l’heure, mêlé de nature plein les yeux et de dangers constants. Fallait être fait fort, vraiment fort ! Nicolas-François aime le pays et s’y établit. En 1747, il est à Kaskaskia, situé sur la rive est du Mississippi, dans l’Illinois actuel, partenaire d’André Roy dans une lucrative entreprise de traite de fourrures qui en fera l’un des piliers de la colonie.

En 1751, il épouse Marie-Louise Taumur (1730-1781), fille de Jean-Baptiste Taumur dit La Source et de Marie-Françoise Rivard, un couple longuement établi dans la communauté. L’histoire s’accélérant, Nicolas-François changera quatre fois de nationalité dans sa vie. À la Conquête, en 1763, il devient forcément sujet britannique. Mais les Américains s’amènent une décennie plus tard. En 1779, il est capitaine de la première compagnie, agent de liaison entre les Britanniques et les Américains qui sont en pleine révolution. Les Américains s’emparent du territoire : Nicolas-François devient américain de facto. En 1787, l’année de sa mort, il traverse le Mississippi, s’établit à Sainte-Geneviève, le plus vieux site européen au Missouri. La Louisiane étant passée aux Espagnols, il meurt espagnol ! Sa maison est toujours là, la plus vieille, la plus grande de la petite ville française, miraculeusement conservée en plein cœur du Missouri, à une centaine de kilomètres au sud de Saint Louis.

Jusqu’aux années 1930, la majorité des habitants de Sainte-Geneviève parlait le Paw Paw French, le français du Missouri : un mélange de cajun, de vieux français et de pawpaw, la langue d’une tribu amérindienne qui vivait là à l’arrivée des Français. Encore aujourd’hui, à Bonne Terre, Desloge, Prairie du Rocher, Cahokia, Vincennes et Vieille Mine, on trouve des gens qui parlent encore un peu cette langue unique.

Pour en savoir davantage sur le Paw Paw French, un dialecte français en voie de disparition aux États-Unis.

Son fils, Jean-Baptiste (1759-1836), aura aussi une vie fort palpitante sur les rives du Mississippi. En 1779, en pleine guerre d’indépendance, le jeune Janis faisait partie de la compagnie de Kaskaskia. « Lors de l’attaque du poste de Vincennes, dans le feu de l’action, raconte l’historien Clark, un officier a été blessé et a laissé tomber le drapeau. Le jeune, affrontant le danger, sauta immédiatement à l’avant et récupéra le drapeau qu’il porta jusqu’à la fin, jusqu’à la reddition des Anglais. » L’exploit lui a valu une mention au Congrès de Washington.

L’arrière-arrière-petite-fille de Jean-Baptiste, Martha Janis (1901-1982), est la grand-mère de Melissa Lou Ethreridge, née le 29 mai 1961, à Leavenworth. Cette petite ville de 35 000 habitants, située à 40 km au nord-ouest de Kansas City, la métropole du Kansas, fut fondée par François Chouteau (1797-1838) et son épouse, Bérénice Ménard, sur les terres de Gabriel Prudhomme (1791-1831), originaire de l’Assomption. Mais ça, c’est une autre histoire de notre épopée oubliée au cœur de l’Amérique.

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LIGNÉE DE LA FAMILLE JANIS DE MELISSA LOU ETHERIDGE

ETHERIDGE, John Dewey (1930-1991)
WILLIAMSON, Elizabeth

ETHERIDGE, Dewey Ulysses (1896-1960)
JANIS, Golda Martha (1901-1982)
m. 24 janvier 1922, Butler County, Missouri

JANIS, James Felix (1868-1957)
GILKERSON, Ella Mae (1879-1964)

JANIS, Julius R « Jewel » Jules (1843-1925)
VANDENER, Martha (1845-1909)
m. 2 octobre 1867, Washington County, Missouri

JANIS, Pierre Antoine (1809-1883)
BEAUVAIS dit ST-GEMME, Elizabeth (1816-1887)
m. 7 février 1842, Saint Louis, Missouri

JANIS, Jean-Baptiste (1759-1836)
BARBEAU, Reine Julia (1763-1814)
m. 4 septembre 1781, Saint-Joseph, Prairie du Rocher, Illinois

JANIS, Nicolas-François (1720-1787)
LASOURCE, Marie-Louise (1730-1781)
m. 27 avril 1751, Kaskaskia, Illinois

JANIS, François (1676-1751)
BROUSSEAU, Simone (1684-1746)
m. 14 novembre 1704, Trois-Rivières

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