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Les gens de Québec ont-ils une mentalité différente ?

4 octobre 2012 - Par Donald Charette

Qu’est-ce qui différencie le citoyen de Québec de celui de Montréal ? Vaste question à laquelle répondent des spécialistes en sondage ainsi qu’un professeur au Département de sociologie de l’Université Laval.

Du côté des sondages...

Pour Caroline Roy, dont la profession consiste à sonder nos humeurs, la mentalité de Québec est maintenant marquée d’un optimisme irrésistible. Les dernières élections ont démontré, encore une fois, que dans notre région, les électeurs penchent plus à droite. La Coalition Avenir Québec (CAQ) n’a pas réussi à prendre pied sur l’île de Montréal, bien qu’elle ait fait des gains dans le 450. Dans l’est de Montréal, on trouve deux députés de Québec Solidaire, ce qui constitue, pourtant, une quantité négligeable au Québec.

« Québec respire la confiance ; Montréal, la méfiance. »
« Québec respire la confiance ; Montréal, la méfiance. »

Gilles Therrien, qui est vice-président de SOM, une entreprise établie à Québec depuis sa fondation et qui est spécialisée dans les sondages, n’hésite pas à dire que les citoyens de la capitale sont « plus conservateurs et plus à droite ». Il précise toutefois que c’est une impression générale, qui n’est pas étayée par un coup de sonde très pointu. Cette mentalité, dit-il, tient au fait que la ville est purement francophone, contrairement à Montréal qui est composée à 40 % d’anglophones ou d’allophones. Il est clair, selon lui, que la radio d’opinion à Québec et ses vedettes exercent une influence considérable.

Caroline Roy dirige le bureau de Québec de Léger Recherche et conseils (et non plus Marketing) qui a pignon sur la Grande Allée. Elle adhère plus ou moins à la thèse gauche-droite pour définir la mentalité des gens de Québec. « Au Québec, tout le monde est au centre ou au centre droit », nuance-t-elle. Par contre, les différents sondages faits par son groupe donnent une bonne image de ce que pensent les gens de Québec. « Le succès des événements depuis le 400e de la ville en 2008 a créé un état d’esprit. Québec, c’est un état d’esprit et la région est balayée par un leadership positif. Cet optimisme est relayé par le milieu des affaires, qui veut que des gestes soient posés pour faire du développement. Il y a une obligation de résultat, on va s’organiser pour que ça fonctionne. »

« Les citoyens de la capitale sont plus conservateurs et plus à droite. »
« Les citoyens de la capitale sont plus conservateurs et plus à droite. »

C’est donc cette mobilisation du milieu, de la communauté qui distinguerait la capitale de la métropole, Québec ayant appris à carburer au succès. « Québec respire la confiance ; Montréal, la méfiance. Ce sont deux réalités différentes. Les Montréalais sont divisés et doivent composer avec une gestion de crise permanente qui vient freiner leur élan », note cette Montréalaise établie à Québec depuis six ans.

Un sondage réalisé l’an dernier révélait que 64 % des Québécois étaient convaincus que leur ville serait plus prospère dans cinq ans ; à peine 44 % disaient la même chose à Montréal.

Quant au slogan « La fierté a une ville », jadis celui de Montréal, il colle davantage à Québec. Un sondage fait l’an dernier par le Journal de Montréal sur la rivalité Québec-Montréal démontrait que nos concitoyens trouvent leur cité belle, sécuritaire, bien gérée... reconnaissant à Montréal une offre culturelle supérieure. L’appartenance à Québec est très forte.

À peine 11 % des gens de Québec souhaitaient habiter dans la « grande ville ». Quant à la fierté de la ville, elle était au zénith avec un taux de 99 % ! Caroline Roy tire une conclusion intéressante concernant cette effervescence : « Les titres que l’on trouve dans les médias témoignent de beaucoup d’optimisme. Québec est là où était Montréal dans les années 60, alors que Montréal ressemble à New York avant qu’elle n’entreprenne un grand virage. » Les années 60 ont donné Expo 67 et ont préparé le terrain pour les Olympiques de 1976. Pas un mauvais positionnement.

Du côté de la sociologie...

Le directeur du Département de sociologie de l’Université Laval, Simon Langlois, est persuadé que les gens de Québec ont une mentalité différente, mentalité qui tient à des raisons historiques. « Il faut garder en mémoire que Québec est, depuis 400 ans, la capitale de ce qu’on appelait le Canada français et que cela a forgé le caractère des gens d’ici, un caractère spécial », explique celui-ci en entrevue.

« Québec est, depuis 400 ans, la capitale de ce qu’on appelait le Canada français et cela a forgé le caractère des gens d’ici, un caractère spécial. »
« Québec est, depuis 400 ans, la capitale de ce qu’on appelait le Canada français et cela a forgé le caractère des gens d’ici, un caractère spécial. »

La ville de Québec est, depuis toujours, le siège du pouvoir politique, mais aussi, rappelle le sociologue, celui du pouvoir économique lié aux élites canadiennes-françaises et, on a tendance à l’oublier, celui du pouvoir religieux qui jouissait d’une énorme influence.

En 2007, le sociologue a produit une étude fort intéressante intitulée Sociologie de la ville de Québec, où il s’attaque au « mystère » ou à « l’énigme » de Québec. Il y concluait que Québec ne constitue pas une exception, mais qu’on trouve une certaine dimension « qui aurait été occultée pendant un certain temps » par les analystes qui ont avancé trop rapidement « que la postmodernité montréalaise s’étendait de fait à tout le territoire ».

Québec n’a pas bénéficié du développement d’une grande bourgeoisie d’affaires souvent anglophone. De toutes les villes canadiennes, Québec est celle qui attire et retient le moins les immigrants, car elle a peu profité de l’ère du capitalisme industriel qui a succédé au capitalisme marchand (construction de bateaux, commerce du bois...). Sa population anglophone a fondu comme une peau de chagrin et Québec a fait du sur-place.

La croissance démographique de la ville est venue de la migration et non de l’immigration. Ce sont les gens des régions qui sont venus gagner leur vie à Québec pendant que se développait le secteur de services et qu’enflait l’État québécois. La proximité avec le pouvoir a nourri le sentiment d’être une majorité d’autant que les « C-F », comme on appelait les Québécois, en menaient large à Ottawa.

« Il n’y a pas de complexe d’infériorité, les citoyens de Québec vivent dans un monde majoritaire. Les gens votent, par exemple, avec assurance, car ils ont été toujours proches du pouvoir. Ils vont sentir le vent. »

Serions-nous plus conservateurs que le reste du Québec ? « Très nettement », répond le sociologue. Sur le plan politique, les citoyens de Québec ont été les premiers à décider qu’on doit voter pour un parti qui peut gouverner et à lâcher le Bloc québécois. Les insuccès du Parti québécois ne le surprennent guère car, dit-il, il est le parti des régions qui attendent des choses de Québec et celui des citoyens du Grand Montréal qui craignent pour l’avenir du français. « On n’a aucune de ces raisons à Québec. On est déjà proche du pouvoir et les gens se disent : “On va être gâtés, de toute façon” ». Sa conclusion : « Les facteurs langues et immigration ne jouent pas un grand rôle à Québec et, contrairement aux régions, la capitale est le lieu où s’exerce déjà le pouvoir politique de l’État provincial. »

La ville de Québec n’est pas une « exception » dans le paysage politique, mais elle reflète « avec plus de netteté » des courants d’opinion bien présents dans notre société. Simon Langlois souligne que les électeurs de la région démontrent depuis longtemps un attachement aux valeurs traditionnelles et une certaine crainte par rapport à la place de l’État. C’est dans notre région que se trouvaient les derniers bastions de l’Union nationale et du Crédit social, fait-il remarquer.

Par ailleurs, le sociologue juge que la rivalité haute-ville/basse-ville a défini le caractère des gens de Québec. « À Montréal, l’opposition s’est bâtie entre anglophones et francophones, alors qu’ici, favorisée par la géographie, est apparue une division entre ouvriers et bourgeois. » C’est cette opposition qui fait le succès des postes de radio locaux, qui se présentent comme les défenseurs du peuple contre l’élite.

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