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Le vieil édifice du YMCA - Un « Diamant » à la place D’Youville

5 avril 2016 - Par Jean-Marie Lebel, historien

Bien des façades racontent des pages d’histoire de notre ville. Nous savons maintenant que la façade du vieil édifice du YMCA sera conservée et elle a beaucoup à nous raconter. Elle est ornée d’une énigmatique bible de pierre, dont nous vous révélons le secret…

Un mouvement originaire de Londres

Au XlXe siècle, les populaires romans de Charles Dickens montraient les conditions de vie difficiles des garçons et jeunes hommes dans la ville de Londres bouleversée par la Révolution industrielle. C’est au début du règne de la reine Victoria, dans ce Londres dickensien, que fut fondée, en 1844, la Young Men’s Christian Association (le YMCA) par George Williams. Le fondateur voulait protéger les jeunes gens des dangers de la vie urbaine en leur offrant des services éducatifs, sociaux et récréatifs, mettant en valeur les principes chrétiens.

Le mouvement fondé par Williams connut assez rapidement du succès et se répandit de ville en ville. Puis, le mouvement traversa l’Atlantique. En Amérique du Nord, c’est à Montréal, en 1851, que le YMCA s’établit d’abord. Puis à Québec, des membres de la communauté anglophone, bien engagés dans leurs églises protestantes, décidèrent de doter leur ville d’un établissement du YMCA. Ils le logèrent d’abord dans des locaux temporaires, puis décidèrent, au milieu des années 1870, de faire construire un édifice permanent.

L’architecte Joseph-Ferdinand Peachy


Un édifice sur les glacis

Les dirigeants du YMCA de Québec ne firent pas les affaires à moitié. D’abord, ils choisirent le terrain idéal, en dehors de la porte Saint-Jean, sur les anciens glacis des remparts devenus disponibles depuis le départ de la garnison britannique en 1871. Sur une partie des terrains libérés, on avait d’ailleurs aménagé la place du marché Montcalm et érigé la halle Montcalm (où se trouve aujourd’hui le Palais Montcalm). Il fut décidé de construire l’édifice du YMCA dans l’alignement de la rue Saint-Jean du faubourg Saint-Jean.

Puis, ayant amassé suffisamment de fonds, les dirigeants du YMCA de Québec firent appel aux architectes de Toronto, de Montréal et de Québec pour des propositions de plans d’un édifice. Six bureaux d’architectes répondirent à leur appel. Un comité du YMCA étudia minutieusement les plans anonymes, signés que de pseudonymes. Ils choisirent finalement, en juillet 1878, les plans signés Fidéo. En ouvrant une enveloppe cachetée, ils apprirent finalement que ce fameux Fidéo n’était nul autre que Joseph-Ferdinand Peachy, un architecte de Québec qui résidait dans le faubourg Saint-Jean. C’était un ancien élève et un ancien associé de l’architecte Charles Baillairgé. Depuis l’établissement à Québec de son arrière-grand-père, John Peachy, vers 1773, sa famille s’était peu à peu francisée. Et c’est l’architecture en vogue en France qui passionnait et influençait l’architecte Peachy.

L’édifice du YMCA (à droite) dans l’alignement de la rue Saint-Jean du faubourg Saint-Jean.


Un édifice purement français… pour les anglophones

C’est en 1879 que fut érigé l’édifice du YMCA. Il suscita l’admiration des passants. Peachy avait conçu un élégant édifice de style français Second Empire, aux murs revêtus de pierre calcaire, coiffé d’une toiture mansardée couverte d’ardoise polychrome et percée de lucarnes cintrées. Dès l’inauguration de l’édifice, le rez-de-chaussée fut réservé à des établissements commerciaux, dont les frais de location constituaient des revenus pour le YMCA. Au fil des ans, des commerces y eurent pignon sur rue, dont T.J. Moore, Mayfair, Simard & Voyer ainsi que des restaurants. Les étages supérieurs furent réservés au YMCA. Sous la tourelle centrale, de hautes portes donnaient accès à l’escalier qui permettait d’atteindre les locaux du YMCA. L’institution fut d’abord réputée pour sa salle de lecture. En 1897, l’édifice fut agrandi à l’arrière. On y aménagea un gymnase, des allées de quilles et la première piscine intérieure à Québec.

L’édifice du YMCA était fréquenté par les jeunes gens anglophones et protestants. Pour les jeunes gens francophones et catholiques, les religieux de Saint-Vincent de Paul organisaient les « patronages » ou « patros », dont l’un était situé à proximité, dans la côte d’Abraham.

Une bible de pierre

Dans les années 1930, le YMCA quitta cet endroit pour emménager dans son nouvel édifice Holt du boulevard Saint-Cyrille. En 1947, une travée du vieil édifice du YMCA fut démolie pour permettre la construction de la façade du Cinéma de Paris. Malgré les outrages des ans, un élément intéressant survit toujours au linteau de ce qui était la porte principale. On peut y voir une bible sculptée dans la pierre. Un œil averti peut même y lire l’inscription « Matt. XXlll, 8 ». Et voici ce que nous dit l’Évangile de Mathieu à ce verset : « Vous n’avez qu’un seul Maître et vous êtes tous frères ». Ce qui reflète bien l’esprit de fraternité du YMCA.

Cette bible de pierre et la façade du vieil édifice seront restaurées et intégrées au complexe Le Diamant de la dynamique équipe de l’homme de théâtre, Robert Lepage.

SOURCES DES ILLUSTRATIONS : Calendriers de la Société historique de Québec, 2016 et 2009.

 

 

 

 

 

 

 

 

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