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Le général Tom Pouce

1er septembre 2011 - Par Jean-Marie Lebel, historien

Le grand destin d’un petit homme

Au cours de sa longue histoire, la ville de Québec a accueilli bien des généraux étrangers. Pour leur taille, le général Charles de Gaulle fut probablement le plus grand d’entre eux. Toutefois, le général Tom Pouce fut certainement le plus petit. On en parla beaucoup, car il ne passait pas inaperçu. Et on en parle encore plus d’un siècle et demi plus tard.

Charles Sherwood Stratton vit le jour en 1838 à Bridgeport, une petite ville du Connecticut qui fait face à la mer. Il semblait un enfant tout à fait comme les autres. Mais lorsqu’il atteignit ses sept mois, il cessa de grandir. Et au grand découragement de ses parents, des gens de taille normale, il mesurait à peine 2 pieds, soit 64 centimètres de haut, lorsqu’il approcha l’âge de fréquenter l’école. Alors qu’il avait quatre ans, en 1842, un astucieux citoyen de la petite ville, Phileas Taylor Barnum, le vit pour la première fois. Personnage bien connu à Bridgeport, où il fut maire, Barnum comprit que le petit Stratton pourrait devenir une attraction fort payante. Il obtint la permission des parents de devenir l’agent du nain, qu’il rebaptisa « Tom Thumb ». On l’appellera « Tom Pouce » dans les contrées francophones.

Le célèbre Tom Pouce
Le célèbre Tom Pouce

Barnum partit en tournée avec Tom Pouce. En 1844, ils parcoururent l’Europe. En Angleterre, la reine Victoria voulut voir la jeune vedette. Lorsque Tom Pouce arriva au palais, un responsable du protocole lui apprit comment se tenir en présence de Sa Majesté. Dans un beau salon l’attendaient la reine, son époux, le prince Albert, le duc de Wellington, le vainqueur de Napoléon à Waterloo et bien d’autres dignitaires. Lorsque, finalement, Tom Pouce fit son entrée, il cria : « Bonjour, mesdames et messieurs ! » Les invités, mal à l’aise, s’esclaffèrent. La reine ne s’en offusqua point, bien au contraire, et voulut revoir encore le petit Américain à deux reprises. Elle lui décerna même le grade de général, qu’il porta d’ailleurs avec fierté jusqu’à la fin de sa vie.

Tom Pouce à Québec

À l’été de 1848, des affiches annoncèrent la venue prochaine à Québec du général Tom Pouce. Dans cette ville qui vivait avec une certaine prospérité de la construction navale et de l’exportation du bois, les journaux avaient déjà fait connaître les prouesses du célèbre nain. C’est en bateau que Barnum et son protégé Tom Pouce arrivèrent le 25 juillet. Ils s’installèrent à l’hôtel Saint-Georges de la place d’Armes, à l’angle des rues Sainte-Anne et du Fort. C’était alors l’hôtel le plus luxueux de Québec. D’ailleurs, l’édifice existe encore de nos jours et est occupé par un centre d’information touristique.

On vit défiler dans les rues un magnifique carrosse miniature, donné par la reine Victoria, que tiraient deux petits chevaux, des ponies. Tom Pouce, dans son costume militaire, salua la foule. À la salle des séances de l’hôtel, l’enfant de dix ans donna trois spectacles par jour. Il mesurait 27 pouces et était très bien proportionné. Il était intelligent, enjoué, plein de réparties heureuses et savait tenir la conversation. Il faisait des imitations de personnages célèbres, dansait très bien la hornpipe et chantait avec brio Yankee Doodle Dandee. Le public de Québec était charmé. Et Barnum ne manqua pas de vendre des souvenirs à la sortie. Le gouverneur général, Lord Elgin, reçut la visite du petit général. Le journal Quebec Mercury souligna : « Un enfant de trois ans de grandeur normale excède Tom Pouce de toute la tête. »

Un mariage princier

Par les journaux, les gens de Québec continuèrent par la suite à suivre les péripéties de Tom Pouce. Barnum, que l’on appelait de plus en plus « P.T. Barnum », ajouta d’autres attractions à ces tournées et finit par créer un cirque. Son éléphant Jumbo devint une grande vedette. En 1862, Barnum ajouta à sa troupe la naine Lavinia Warren, qui avait 21 ans et était originaire du Massachusetts. Tom Pouce, qui venait d’avoir 24 ans, en tomba follement amoureux. La mère de Lavinia s’opposa d’abord au mariage, car elle détestait Tom Pouce, qu’elle considérait comme un rival pour sa fille.

Le mariage princier de Tom Pouce avec Lavinia Warren.
Le mariage princier de Tom Pouce avec Lavinia Warren.

Mais l’occasion était trop belle pour Barnum d’attirer l’attention et de faire oublier un moment aux Américains les horreurs de la guerre civile. Il organisa donc le mariage, qui fut célébré à la Grace Church de New York. Le banquet qui suivit, à l’hôtel Metropolitan, rassembla pas moins de 2 000 convives. Le couple n’eut pas d’enfants, mais Barnum prétendit que si. C’est ainsi que l’on put voir, lors de spectacles, Lavinia avec un enfant adopté dans les bras, qui fut échangé pour un deuxième lorsqu’il devint trop lourd.

Quarante ans de tournées

Barnum et Tom Pouce devinrent de très bons amis. À plus d’une reprise, le nain, devenu très fortuné — millionnaire disait-on —, prêta de l’argent à son agent, qui s’embarquait souvent dans des entreprises extravagantes. Tom Pouce lui-même avait le goût du luxe, portant des costumes sertis de pierres précieuses, dont des diamants. Il fit des tournées durant 40 ans, ne trouvant pas cela toujours facile, mais ne se lassant pas des acclamations. Il prit sa retraite en 1882, à 44 ans. Il n’eut guère le temps de profiter de sa fortune, car il mourut d’une crise d’apoplexie l’année suivante. C’est dans le cimetière Mountain Grove, à Bridgeport, sa ville natale, qu’il fut inhumé. Devenue veuve, Lavinia épousa un autre nain deux ans plus tard.

Chez Marie-Antoinette

Le passage de Tom Pouce avait marqué les esprits à Québec. En 1946, Pierre-Georges Roy remarqua que les Québécois disaient encore « C’est un Tom Pouce » lorsqu’ils parlaient d’une personne de petite taille. Et de nos jours, bien des Québécois se rappellent des savoureux hamburgers Tom Pouce qu’offraient les restaurants Marie-Antoinette, dont le premier fut fondé sur le boulevard Laurier à Sainte-Foy en 1956.

Et qu’advint-il du fameux P.T. Barnum ? Il mourut à son tour en 1891 et fut inhumé dans le même cimetière que son général Tom Pouce. Des inséparables, quoi !

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