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Le général Montgomery

10 avril 2014 - Par Jean-Marie Lebel, historien

Un héros américain dans le Vieux-Québec

Il y avait jadis, dans le Vieux-Québec, rue Saint-Louis, une ancienne maison appelée « maison Gobert » et qui ne payait pas de mine. Un jour vint que cette humble maison fut déménagée de toutes pièces aux États-Unis. Quant au célèbre général américain Richard Montgomery, dont le destin fut tragique et qui a pourtant bel et bien été enterré à Québec, il a son tombeau en plein coeur de Manhattan, à New York ! Voilà des choses bien étranges qui méritent d’être éclaircies.

Deux fois, il voulut conquérir Québec

Dans leurs manuels d’histoire, les jeunes Américains apprennent que le général Richard Montgomery est un des héros de l’Indépendance des États-Unis. Et pourtant, ce général, qui naquit en Irlande, ne vit jamais l’Indépendance américaine et mourut à Québec.

Comme jeune lieutenant, Richard Montgomery faisait partie des troupes britanniques du général James Wolfe qui s’emparèrent de Québec en 1759. Plus tard, il s’établit dans la colonie britannique de New York, épousa la fortunée Janet Livingstone en 1772 et se fit gentleman-farmer. Il devint solidaire des coloniaux américains, qui voulaient leur indépendance de la Grande-Bretagne (ce qui donnera naissance aux États-Unis).

En 1775, il dirigea des troupes révolutionnaires américaines, qui voulurent s’emparer de Québec et faire fuir les troupes britanniques que commandait un ancien confrère d’armes, Guy Carleton. À l’aube du 31 décembre, sous une tempête de neige, au pied du cap Diamant, pas très loin de notre actuelle rue du Petit-Champlain, les troupes américaines furent repoussées par les soldats britanniques et les miliciens canadiens-français. Montgomery y trouva la mort. Lorsque les troupes américaines reculèrent, des dizaines de corps jonchaient le sol entre le cap et le fleuve.

La maison Gobert

La maison Gobert

Chez le tonnelier Gobert

Par respect pour son ancien confrère, et cela, malgré sa trahison, le gouverneur Carleton décida que Montgomery aurait un cercueil décent. Il en confia le mandat à l’ingénieur James Thompson. Celui-ci fit transporter le cadavre à la haute-ville jusqu’à la maison de la rue Saint-Louis du tonnelier Jean Gobert. C’est là que fut fabriqué le cercueil.

Un bien modeste cortège funèbre apporta le cercueil jusqu’au bastion Saint-Louis, situé pas très loin de la porte Saint-Louis, où se trouve aujourd’hui la caserne Connaught. Une plaque historique, posée par la National Society of the Sons of the American Revolution, en 1957, indique où était le cimetière, que Thompson connaissait bien, parce que son épouse y avait été inhumée.

Le chien qui pleurait son maître

Dans ses Mémoires, le vieux Philippe Aubert de Gaspé raconte que Montgomery avait amené avec lui, au Canada, son chien, un épagneul, et que celui-ci le suivit jusqu’à Québec. Le loyal animal, épiant, vit le cadavre de son maître être amené rue Saint-Louis, puis enterré. Pendant plusieurs jours, il pleura t sembla se laisser mourir sur la tombe. Puis, peu à peu, il se laissa apprivoiser par un citoyen du Vieux-Québec, Charles de Lanaudière, l’aide de camp du gouverneur Carleton. Il consentit volontiers à être rebaptisé « Montgomery ». C’est ainsi que, durant plusieurs années, on entendit crier « Montgomery » dans les rues du Vieux-Québec.

Sa veuve le réclame

C’est 42 ans plus tard, en 1818, à la demande de la veuve du général Montgomery, Janet Livingston, que les restes du général furent exhumés pour être transportés aux États-Unis. Heureusement que le vieil arpenteur Thompson était toujours vivant, car il était le seul à être capable de localiser précisément où étaient les ossements de Montgomery. Par voilier, ces derniers atteignirent New York et furent inhumés à l'église St. Paul, sur Broadway, sous le monument érigé par ordre du Congrès américain dès 1776 et portant une inscription du grand Benjamin Franklin.

Le départ de la maison Gobert

C’est en 1867 que la vieille maison Gobert, où l’on avait fabriqué le cercueil, fut acquise par l’avocat Louis de Gonzague Baillairgé, qui voulait la préserver de la démolition. On disait que c’était une maison qui datait de 1659. En 1891, la famille Baillairgé accepta de la céder à des Américains, qui la déménagèrent aux États-Unis, comme auparavant on avait apporté la cage de la Corriveau aux États-Unis. C’est tout dire l’importance que l’on accordait au général Montgomery. Même la capitale de l’Alabama s’était donné comme nom Montgomery en souvenir du général.

En exil, la vieille maison Gobert devint une attraction à New York, où les Américains la vénéraient comme une relique nationale. Nous ignorons malheureusement ce qu’elle est devenue depuis lors. Existe-t-elle encore ? À Québec, sur la maison du 72, rue Saint-Louis, une plaque historique nous rappelle qu’à cet endroit-là se trouvait jadis la maison Gobert.

À Annandale-on-Hudson, dans l'État de New York, le salon de la veuve du général Montgomery.

À Annandale-on-Hudson, dans l’État de New York, le salon de la veuve du général Montgomery.

Sources des illustrations : Québec, ville militaire 1608-2008, Art Global, 2008 ; The Smithsonian Guide to Historic America : The Mid-Atlantic States, 1989, collection de l’auteur.

 

 

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