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La rue Mont-Carmel : À l’ombre du château Frontenac

21 février 2019 - Par Jean-Marie Lebel, historien

© Photos : Daniel Abel

Débutant à la rue des Carrières, longeant le château Frontenac, traversant la rue Haldimand et la rue de la Porte, la rue Mont-Carmel monte jusqu’à un discret petit parc public. Le nom de la rue Mont-Carmel ne manque pas d’intriguer bien des passants. Comment se fait-il que le nom d’une montagne d’Israël se retrouve au cœur du Vieux-Québec ? C’est une bien longue histoire.

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De la Terre sainte jusqu’à Québec

Il faut remonter aussi loin qu’à l’année qui suivit la mort du fondateur Samuel de Champlain. C’est en 1636 que l’on vit débarquer à Québec le gouverneur Charles Huault de Montmagny. Ce nouveau commandant de la Nouvelle-France, employé à la Compagnie des Cent-Associés, ne perdit pas de temps pour voir au développement de Québec. Sous ses ordres, l’arpenteur Jean Bourdon traça de nouvelles rues sur le cap. En l’honneur de son roi Louis Xlll, le gouverneur nomma la rue Saint-Louis, et en l’honneur de sa reine Anne d’Autriche, il nomma la rue Sainte-Anne.

Pas très loin du fort Saint-Louis où résidait Montmagny, il y avait une colline (sur laquelle se trouve aujourd’hui le parc du Cavalier-du-Moulin). Quoique ce fût une bien modeste élévation avec sa vingtaine de mètres de hauteur, Montmagny lui donna le nom de mont Carmel en référence au mont Carmel qui, avec ses 546 mètres, domine la ville d’Haïfa en Israël. C’est possiblement dès 1636 que Montmagny eut son mont Carmel à lui. On sait toutefois avec certitude que ce mont Carmel existait déjà en 1640, car cette année-là, Jean Boudon l’inscrivit sur le plan qu’il fit de Québec.

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Un chevalier de Malte en terre d’Amérique

La rue Mont-Carmel nous rappelle le singulier destin de Montmagny. Celui-ci était né à Paris en 1601 et avait grandi dans une grande résidence nobiliaire du quartier du Marais, puis était devenu membre du mystérieux ordre de Saint-Jean de Jérusalem, fondé au temps des croisades pour défendre les Lieux saints et soigner les pèlerins. Cet ordre, installé sur l’île de Malte en 1530, était aussi appelé ordre de Malte. Dans la Méditerranée, Montmagny combattit les Turcs. Et un jour, il aperçut le mont Carmel. Il en fut si impressionné qu’il voulut se le rappeler à Québec. Et Montmagny s’était retrouvé à Québec, car il était apparenté à Jean de Lauson, l’influent secrétaire de la Compagnie des Cent-Associés.

Pour se rendre au moulin à vent

Comme le souligne le toponymiste Jean Poirier, des documents historiques nous montrent que la voie menant au mont Carmel désigné par Montmagny fut d’abord appelée l’allée du Mont-Carmel (en 1646) ou chemin du Mont-Carmel (en 1663). Puis, on prit coutume de l’appeler rue Mont-Carmel, au moins à compter de 1668.
Sur le mont Carmel, il y eut longtemps un moulin à vent. C’est Simon Denys de la Trinité qui le fit construire en 1663. On raconte que cinq meuniers s’y succédèrent. Le gouverneur Frontenac ayant décidé de fortifier la ville après l’attaque de la flotte de l’amiral Phips en 1690, le mont Carmel fut entouré de murailles de pierre, constituant ainsi un cavalier (ouvrage surélevé à l’intérieur d’un bastion). On prit coutume de l’appeler le cavalier du Moulin.

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Quand des patriotes fréquentaient la rue

De nos jours, la rue Mont-Carmel garde son allure de l’époque victorienne. Une imposante maison, plus ancienne que les autres, située à l’angle nord-ouest des rues Mont-Carmel et Haldimand, a été construite dans les décennies qui suivirent la Conquête. Elle eut de célèbres résidents, dont Pierre-Stanislas Bédard, qui fut le chef du Parti canadien et que le gouverneur James Craig a fait emprisonner en 1810. La maison fut aussi habitée par son fils Elzéar Bédard, premier maire de Québec en 1833. Ce membre du Parti patriote de Louis-Joseph Papineau reçut souvent la visite de patriotes. Certains ont prétendu que les fameuses 92 résolutions des patriotes furent élaborées dans la maison de Bédard.

Au cœur du Vieux-Québec, la rue Mont-Carmel est donc aussi au cœur de notre histoire.

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