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La politique et les jeunes

6 septembre 2016 - Par Donald Charette

Tout comme les femmes, les jeunes de 35 ans et moins sont minoritaires en politique. Quelles en sont les principales raisons et qu’auraient à gagner les villes, les provinces et le pays à voir leur nombre augmenter au conseil municipal, à l’Assemblée nationale et à la Chambre des communes ?


Quand la politique grisonne

La politique a souvent les cheveux gris. Selon les données récentes de l'Assemblée nationale, l'âge moyen d'un député à Québec est de 53 ans. La génération Y, formée de gens qu’on appelle aussi les Milléniaux(soit ceux et celles qui sont nés au début des années 1980), occupe 10,6 % des banquettes au Parlement. Ces personnes représentent, en fait, 13 députés sur 125.

La grande majorité de nos élus se retrouve dans le groupe des 50-59 ans (42,3 %), mais on constate que les députés qui ont franchi le cap de la soixantaine sont deux fois et demie plus nombreux (26,8 %) que les jeunes de moins de 35 ans.

Les dernières élections fédérales ont changé considérablement la composition de la Chambre des communes. Le député fédéral est un peu plus jeune que celui du Québec et a, en moyenne, 51 ans. Sur 337 représentants du peuple, 29 ont moins de 35 ans.

Qu’en est-il dans les municipalités ? Encore là, selon des données de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) de 2013, un conseiller est âgé en moyenne de 53 ans et 8 % des élus dans nos hôtels de ville ont moins de 35 ans.

Normal, direz-vous. Il est nécessaire d'avoir accumulé une certaine expérience de la vie avant de prétendre représenter ses concitoyens et adopter des lois qui définissent notre quotidien. Les jeunes parlementaires mentionnent fréquemment les difficultés de concilier la vie d'une jeune famille avec la vie publique. Le chroniqueur Jean Lapierre répétait souvent qu'il était préférable de faire le saut en politique après avoir élevé ses enfants afin de minimiser les risques d'un divorce.

Les jeunes parlementaires mentionnent fréquemment les difficultés de concilier la vie d'une jeune famille avec la vie publique.

Le risque, toutefois, est que les enjeux des baby-boomers prennent toute la place et étouffent les préoccupations des trentenaires et des X qui les suivent. Le débat récent sur UBER et l'économie du partage a laissé poindre un choc des générations dans l'arène politique, les jeunes se rangeant massivement derrière UBER, une application que le gouvernement québécois, cédant aux lobbies, a jugulée. Le cas Airbnb est aussi intéressant et fait ressortir un protectionnisme que l'on croyait obsolète, l'État cherchant à protéger des modèles mis à mal par la technologie.

Ce n'est que le début de la révolution propulsée par les téléphones intelligents. La politique est-elle vieux jeu ? Deux jeunes élus prétendent que non.


Âge moyen des conseillers ou députés :

  • Politique municipale : 53 ans
  • Politique provinciale : 53 ans
  • Politique fédérale : 51 ans

Pourcentage de conseillers ou députés âgés de 35 ans et moins :

  • Conseils municipaux : 8 %
  • Assemblée nationale : 10,6 %
  • Chambre des communes : 8,6 %

Les partis politiques et les Y

« Notre génération n'a pas tourné le dos à la politique, mais aux partis politiques », affirme Joël Lightbound, député fédéral de la circonscription de Louis-Hébert, ayant la distinction, à 28 ans, d'être le plus jeune député au Québec du Parti libéral du Canada.

Élu l'an dernier, Joël Lightbound a toujours su qu'il ferait de la politique. Il restait à savoir où. Le chemin a été ardu et il a d'abord mené une campagne de terrain d'un an et demi dans la circonscription pour emporter l'investiture du PLC. Le mouvement déclenché par Justin Trudeau en a fait un député de la région de Québec.

 « C'est aux partis politiques de présenter une offre qui va attirer la génération Y. Un parti, c'est un moyen, pas une fin. »

- Joël Lightbound, 28 ans, député fédéral de la circonscription de Louis-Hébert.

« C'est aux partis politiques de présenter une offre qui va attirer la génération Y, soutient-il. Avant, on disait “ je suis rouge ou bleu ”, voilà. Les partis doivent avoir une offre adaptée aux gens de ma génération. Un parti, c'est un moyen, pas une fin. »

Les libéraux ont constitué un caucus jeune en marge du caucus national qui réunit une vingtaine de députés. Joël Lightbound souligne qu'on y aborde des problématiques chères aux trentenaires : l'accès à la propriété, la réforme du Code criminel, l'environnement, la réforme électorale, la protection de la vie privée sur Internet… Dans le cas des jeunes qui veulent devenir propriétaires, il pointe du doigt le fait que « c'est presque impossible d'acheter une propriété » et que le caucus des jeunes jongle avec des propositions.

Durant la relâche estivale, il apprécie le fait de faire moins souvent le trajet Québec-Ottawa et éprouve de la sympathie pour ses collègues qui ont de jeunes familles et qui doivent parcourir de grandes distances pour siéger à la Chambre des communes.

Il n'a pas senti chez les députés de la génération des baby-boomers une certaine résistance à cette nouvelle cohorte. Au contraire, note-t-il, ils sont ravis de voir arriver une relève.

Le député évoque une anecdote attribuée à Jean Chrétien, à qui le jeune Martin Cauchon demandait conseil : « Défonce les portes, n'attends pas qu'on te déroule le tapis rouge », lui aurait lancé ce roublard de Chrétien.

À ceux qui, en campagne électorale, lui reprochaient son jeune âge, Joël Lightbound répliquait : « Mais ça fait 20 ans que j'attends ! »

« Il faut s'intéresser aux affaires de la cité. C'est la vocation la plus stimulante intellectuellement, soutient l'ex-avocat. Ceci dit, je suis un jeune député, et non le député des jeunes seulement. »


Le conseil municipal, parce que c’est près des gens

Jérémie Ernould fait de la politique municipale parce que, dit-il, elle trouve des solutions concrètes et rapides aux besoins des gens. « C'est la bonne place pour bâtir un avenir, fait-il valoir. C'est plus rapide et plus tangible ; on parle de parc, de récupération des déchets, de déneigement... Si un jeune, par exemple, fait du skate et trouve que cela manque dans son quartier, il peut proposer d'aménager un skate park. Au niveau municipal, on peut, en outre, miser sur la flexibilité de la machine. »

« On est choyé à Québec, mais en région, il peut être difficile pour un jeune de s'intégrer dans une clique. » 

Jérémie Ernould, 32 ans, conseiller municipal de Beauport (district Robert-Giffard) et président de la Commission des jeunes élus et élues de l'Union des municipalités du Québec (UMQ). 

Jérémie Ernould, 32 ans, représente Beauport (district Robert-Giffard) au conseil municipal de Québec et il préside la Commission des jeunes élus et élues de l'Union des municipalités du Québec (UMQ). Il constate évidemment qu'il « y a plus de têtes grises à l'UMQ » que d’Y. Par ailleurs, le regroupement des jeunes permet de faire avancer certains dossiers. Ainsi, le congé parental pour un conseiller municipal au Québec a été porté de 8 à 18 semaines. À l'Hôtel de Ville de Québec, les jeunes conseillers ont eu l'entière liberté de s'impliquer dans le dossier UBER, fait-il observer. La Commission des jeunes élus et élues veut travailler avec le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) pour favoriser le vote des Milléniaux au scrutin de 2017.

Jérémie Ernould croit que les plus jeunes n'ont pas de difficulté dans une ville comme Québec à se présenter à des postes électifs, comme le démontre la présence de Natasha Jean, Sébastien Proulx, Vincent Dufresne... « On est choyé à Québec, mais en région, il peut être difficile pour un jeune de s'intégrer dans une clique », note-t-il avec à-propos.

L'école aurait un rôle à jouer, selon lui, pour faire connaître l'importance du palier municipal. « Au secondaire, la politique, c'est uniquement l'Assemblée nationale et l'adoption de projets de loi », déplore ce dernier.


Une étude inquiétante

L'Institut du Nouveau Monde (INM) a réalisé, en 2012, une étude sur la diminution de la participation électorale des jeunes pour le compte du Directeur général des élections du Québec (DGEQ). On y relève que le déclin de la participation électorale des jeunes Canadiens est une tendance lourde et profonde. Si les 18-34 ans ont toujours voté en moins grand nombre que leurs aînés, on observe, depuis les années 1980, un phénomène inquiétant : la diminution constante et significative de la cohorte des jeunes qui votent pour la première fois. Ce taux est passé de 70 % dans les années 1960 à 50 %, puis à 40 % et est tombé à 30 % en 2004. Ce faible taux de participation au départ laisse présager une baisse de la participation générale à un scrutin.

Les deux principales raisons de l'abstention des 18-34 ans, c'est le désintérêt envers la politique et le fait d'être trop occupé. Il s'agit d'un phénomène mondial : de 1945 à 2001, le pourcentage de la jeunesse qui vote est passé de 80 à 60 % en France, et de 73 % à 51 % en Angleterre. Aux États-Unis, le taux de participation des jeunes aux élections présidentielles a diminué de 96 à 63 % de 1965 à 2001.

Selon un sondage réalisé par l'Institut du Nouveau Monde, Internet constituait, en 2012, sans surprise, la principale source d'information des jeunes (81 %), suivi des bulletins télévisés (78 %), de l'entourage (69 %) et des journaux (66 %).

Quels sont les trois facteurs qui incitent à voter ? Considérer le vote comme un devoir, être intéressé par la politique ainsi qu’être informé. Le cynisme chez les électeurs mine la participation à la démocratie. Notons que le cynisme augmente considérablement avec le vieillissement de la population. L'INM évoque plusieurs moyens pour hausser la participation des 18-34 ans, notamment une formation civique à l'école.

 

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