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La maison Sewell : un coin de la Nouvelle-Angleterre dans le Vieux-Québec

30 août 2018 - Par Jean-Marie Lebel, historien

La maison Sewell © Marc Pelletier

Dans notre passante et grouillante rue Saint-Louis, cette maison semble bien sage. Située à l’angle de la bourgeoise rue D’Auteuil et côtoyant le distingué édifice du Cercle de la Garnison, la maison Sewell est éloignée des passants par un muret et une clôture de fer moulé aux élégants motifs. Comment, toutefois, expliquer l’existence de cette maison dont le style ne s’apparente à aucune autre maison du Vieux-Québec ?

Un loyaliste britannique dans une ancienne colonie française

Depuis 200 ans, les citoyens ont pris coutume de l’appeler « la maison Sewell », car la famille Sewell l’habita longtemps (il faut prononcer « Swell » comme si le premier « e » du nom n’existait pas). Pendant des décennies, le nom de famille Sewell fut très connu à Québec, attirant le respect ou l’admiration, mais aussi, la méfiance et la contestation. Par son tempérament et ses prises de position, le fondateur de la lignée Sewell à Québec ne passait point inaperçu.

Jonathan Sewell passa sa jeune enfance à Cambridge, près de Boston, où il naquit en 1766. Son père était le procureur général de la colonie du Massachusetts. Mais à cause de l’hostilité des patriotes américains qui réclamaient l’indépendance, la famille Sewell dut quitter l’Amérique et s’embarquer pour l’Angleterre. Jonathan n’avait alors que neuf ans.

Plus tard, voulant faire carrière dans le droit comme son père, mais pouvant faire difficilement sa place en Angleterre, des occasions s’ouvrirent pour lui en Amérique. En 1789, il s’établit à Québec, capitale d’une nouvelle colonie britannique. En 1800, il fut élu député. À la chambre d’Assemblée du Bas-Canada, il s’opposa aux positions de bien des députés de langue française. En 1808, il quitta ses fonctions de député, devenant juge en chef.

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Jonathan Sewell © Assemblée nationale du Québec

Une maison pour 22 enfants

Jonathan Sewell fit un bon mariage. En 1796, dans l’austère petite église presbytérienne de Québec, il épousa Henrietta, la fille cadette du juge en chef William Smith. Elle lui apporta une grande fortune et lui donna 22 enfants. Le couple eut donc rapidement besoin d’une grande maison. Ce fut ainsi que Jonathan Sewell fit construire son imposante demeure de la rue Saint-Louis, à proximité de la maison de son beau-père. Le site choisi était prestigieux. C’était la rue la plus noble de la ville. À proximité de la porte Saint-Louis, la maison faisait face à l’Esplanade, où paradaient les régiments britanniques.

Sewell n’oublia jamais sa Nouvelle-Angleterre natale et continua à s’intéresser à l’histoire du Massachusetts. C’est pourquoi sa maison prit une allure coloniale américaine. Homme de culture, Sewell était un violoniste doué ; il fit partie d’un quatuor et dirigea un orchestre dans sa ville d’adoption. La présence française à Québec l’agaça toujours, mais il dut s’y faire. Ses projets d’anglicisation du peuple francophone et d’abolition des paroisses catholiques trouvèrent plus ou moins d’appuis chez ses compatriotes anglophones.

Jonathan Sewell mourut en 1839 à 73 ans. Sa veuve Henrietta habita la maison de la rue Saint-Louis jusqu’à sa mort, en 1849. Les héritiers Sewell vendirent la demeure en 1854 au gouvernement du Canada-Uni. Plusieurs services gouvernementaux l’occupèrent avant qu’elle devienne une résidence pour des membres des Forces armées canadiennes.

À maints égards, la maison Sewell est le principal héritage loyaliste que nous ayons à Québec, rappelant la mémoire des coloniaux américains qui s’exilèrent pour demeurer fidèles au roi de la Grande-Bretagne.

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