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La guerre des autres ?

8 décembre 2011 - Par Nelson Michaud, Ph.D.

Les moments d’intensification de ferveur militaire récemment vécus au Canada interpellent. Certains l’ont décriée, d’autres se sont interrogés sur sa pertinence, et d’autres encore y voient un atavisme propre à la droite au pouvoir à Ottawa. Au Québec, le discours antimilitariste y a trouvé une bouffée d’oxygène. Au-delà de ces réactions, l’attitude du gouvernement canadien nous amène à considérer trois éléments mythiques qui sont au cœur du débat.

Le Québec est antiguerre

Dans notre imaginaire, les manifestations anticonscriptionnistes de 1918, le plébiscite aux résultats divisés de 1942 et la marche de janvier 2003 en opposition à l’intervention militaire en Irak forgent une même image. On semble pourtant oublier l’appui donné à la présence canadienne en Corée, alors qu’un fameux reporter, René Lévesque, nous en faisait comprendre les enjeux. Un soutien aux forces armées canadiennes s’est aussi manifesté lors de la crise dans les Balkans à la fin du XXe siècle, alors que les droits humains fondamentaux y étaient bafoués. On ne peut donc pas définir le Québec comme strictement antimilitariste ; tout dépend, en fait, de la « cause » en jeu. Si celle-ci nous rejoint, l’appui donné aux interventions est positif. C’est lorsqu’il s’agit d’un objectif qui nous semble étranger, que nous sommes beaucoup plus réticents à appuyer cette « guerre des autres », et ce, depuis la guerre des Boers lorsqu’Henri Bourassa demandait : « Que devons-nous à l’Angleterre ? »

Le Canada a une armée de paix

Cet appel appartient à une époque où les forces onusiennes maintenaient une zone tampon pour empêcher des belligérants de reprendre les hostilités. Toutefois, les nouveaux types de conflit font que l’ONU ne donne plus ce type de mandat depuis plus de 20 ans. Les missions de paix d’aujourd’hui établissent, voire imposent la paix, ce qui requiert l’usage de la force, même létale. Si le Canada veut continuer de s’engager envers le maintien de la paix, il doit tenir compte de la redéfinition du monde dans lequel se feront ses interventions, plutôt que de rêver aux actions passées.

Une politique étrangère sans armée

La politique étrangère de tout État qui souhaite être influent dans le monde doit s’articuler autour de quatre dimensions : établir des dialogues constructifs par la diplomatie, contribuer à une meilleure répartition des richesses par l’aide internationale et contribuer aussi à l’édification d’un monde plus sécuritaire. À cela, il faut ajouter, à la suite de Montesquieu, le commerce dont « l’effet naturel est de porter à la paix ». Si un État de l’envergure du Canada néglige l’une de ces dimensions, il ferme la porte à un rôle international que notre avancement collectif exige de nous.

Le Canada dans le monde

Car, de ce rôle dépend l’influence qu’exercera ce pays dans la construction de normes internationales qui, dans un univers mondialisé, affecteront plus tôt que tard notre quotidien. Sans une capacité d’intervention efficace sous tous les aspects de sa politique étrangère, un État ne peut être véritablement au service de ses citoyens. Il est donc primordial de distinguer entre les manifestations ponctuelles d’un gouvernement qui cherche à affirmer son idéologie et la nécessité pour un pays de jouer un rôle à la mesure de son envergure et de ses moyens.

  • Pour en savoir plus :
  • ROUSSEL, Stéphane (dir.), Culture stratégique et politique de défense. L’expérience
  • canadienne, Montréal : Athéna éditions, 2007, 231 p.
  • NOSSAL, Kim Richard, Stéphane ROUSSEL et Stéphane PAQUIN, Politique internationale et défense au Canada et au Québec, Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal, 2007, 646p.
  • MICHAUD, Nelson. "La politique étrangère canadienne : mythes persistants et réalité confuse ?", in BERNIER, Robert (dir.), L’espace canadien : mythes et réalités, une perspective québécoise. Québec : Presses de l’Université du Québec, 2010, p. 447-473.
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