PUBLICITÉ

Jonathan Toews : le Blackhawk aux jarrets noirs

29 avril 2015 - Par Jacques Noël

Jonathan Toews est l’un des meilleurs joueurs de hockey au monde. Le troisième, selon un panel de coachs et de directeurs généraux, tout juste derrière Sidney Crosby et Evgeni Malkin.

Capitaine des Blackhawks de Chicago, Toews est devenu, à 22 ans à peine, le plus jeune joueur à avoir remporté à la fois le Championnat du monde, l’or aux Olympiques et la Coupe Stanley. Le Triple Gold Club. Le 24 juin 2013, la nuit de la Saint-Jean, Jonathan a levé la soupière de lord Stanley pour une seconde fois en quatre ans. Sept mois plus tard, il était l’assistant de Crosby aux Jeux olympiques de Sotchi.

Alors que la pépinière québécoise produit de moins en moins de grands joueurs, la diaspora, avec ses Claude Giroux, Tyler Seguin, Patrick Marleau, Matt Duchene, Dion Phaneuf, Zach Parise, Logan Couture, Derick Brassard, Johnny Gaudreau et Jonathan Toews, compense un peu et sauve l’honneur des Flying Frenchmen qui, il faut l’admettre, périclitent sérieusement au 21e siècle.

Jonathan Toews est né le 29 avril 1988 à Winnipeg. Son père, Bryan, est électricien. Sa mère, Andrée Gilbert, est « Jarret noir ». Afin de polir son anglais, la fille de Sainte-Marie de Beauce s'était rendue là où les nuits sont si longues. Pour les combler, elle a rencontré l’électricien de ses rêves, un homme branché, s’il en est un, sur ses prairies profondes. Andrée n'est jamais revenue dans sa « Chaudière » natale, sauf pour les fêtes et les vacances d’été.

Bien que né dans la grande prairie canadienne, Jonathan est une fierté beauceronne, un enfant de la diaspora. Au supermarché Veilleux de Sainte-Marie, les employés portent fièrement le gilet des Blackhawks et, à la radio, les « Fun Fournier » n’en ont que pour le numéro 19 (même le retour des Nordiques ne les fera pas dérougir, paraît-il). « Une fierté à partager », dit la devise de Sainte-Marie.

Bien que né dans la grande prairie canadienne, Jonathan est une fierté beauceronne, un enfant de la diaspora.

« Je me considère comme un Beauceron, moi aussi », affirme Jonathan dans un français sans accent. « C'est évident que je n'ai pas un nom québécois ou francophone, mais j'ai toujours vécu dans un environnement français en parlant avec ma mère. Ce n'est pas toujours facile quand on vit dans une ville comme Chicago et même Winnipeg, où la langue dominante, c'est l'anglais, mais j'ai eu de bonnes influences, qui m'ont forcé à continuer à bien apprendre la langue et à la parler. » Que la belle Eugénie et papa Bouchard se le tiennent pour dit !

Du Berry à Winnipeg

Par sa mère, Jonathan Toews est un Gilbert d’Amérique, une famille de « Jarrets noirs » solidement enracinée sur les rives de la rivière Chaudière depuis huit générations. Une famille qui s’est multipliée à coups de dix enfants à table, comme tant d’autres familles québécoises. Plusieurs Gilbert sont venus en Nouvelle-France. L’ancêtre de Jonathan s’appelait Charles Gilbert Dupuy dit Braman et venait du Berry, en France.

Il débarque à Québec, avec son frère Jean Dupuy dit Braman, le 8 août 1737, à bord du Jason, parti de Rochefort deux mois plus tôt. Les Dupuy traînent un dossier criminel : ils ont été condamnés à l’exil, là où les hivers sont vraiment longs, pour cause de faux saunage. Le sauna…ge n’a absolument rien à voir avec quelque forme que ce soit d’homosexualité. C’est une banale histoire d’évasion fiscale, vieille comme le monde. Le sel, essentiel pour conserver les aliments, était taxé. Mais la taxe, appelée gabelle, variait d’une région à l’autre. Le faux saunage consistait à acheter du sel dans un endroit moins taxé et à le revendre dans un autre plus taxé. Marché noir 101. Comme le Berry faisait partie du « Grand Party » (les régions les plus taxées du royaume), les Dupuy faisaient le lucratif trafic du sel. Mais on ne badinait vraiment pas avec pareille combine au temps des rois de France et de Navarre. À la deuxième condamnation (les Californiens n’ont rien inventé avec leurs trois strikes), c’était la galère. L’exil.

On estime que 585 contrebandiers ont ainsi été exilés en Nouvelle-France (on en envoyait encore plus en Louisiane et à Saint-Domingue) entre 1730 et 1743. Presque autant que les Filles du roi arrivées, elles, un siècle plus tôt. Le nombre est relativement élevé si l’on considère qu’à peine 30 000 Français sont venus en tout et partout en Nouvelle-France et que seulement 10 000 sont restés.

C’est ainsi que les frangins fraudeurs sont arrivés à Québec, malades comme des chiens après une dure traversée. Ils ont dû être hospitalisés à l’Hôtel-Dieu quelque temps pour reprendre leurs forces. En 1741, Gilbert Charles dit Dupuis (le nom de Braman a sauté ; le nom de Dupuis sautera à la troisième génération, si bien que c’est le prénom de Gilbert qui deviendra le nom de la famille) épouse, à Sainte-Foy, Marie-Angélique Brunet, une Canadienne de la quatrième génération. Le couple part pour Saint-Joseph-de-Beauce la même année. En 1749, Gilbert est marguillier ; il faut croire que Dieu lui a pardonné… Le faux saunier mourra en 1767.

En 1763, son fils Charles (1742-1820), qui gardera le nom de Gilbert, épouse Charlotte Jobin à Charlesbourg. Charles a 21 ans, la mariée, 25. Leur fils Pierre (1779-1859) s’établit à Saint-Joseph-de-Beauce pour de bon avec son épouse, Thérèse Jacques (1778-1833) ; le couple aura 10 enfants. La famille Gilbert y prospère toujours, près de trois siècles après l’arrivée de l’ancêtre du Berry. Elle a même engendré l’un des meilleurs joueurs de hockey au monde… même si dans la diaspora, tel que mentionné précédemment, le Québec en produit de moins en moins.

 

LIGNÉE MATERNELLE DE JONATHAN TOEWS
TOEWS, Brian
GILBERT, Andrée
m. Winnipeg
GILBERT, Michel
TARDIF, PAULINE
m. 23 septembre 1961, Saint-Joseph-de-Beauce
GILBERT, Léonce
LESSARD, Doria
m. 16 janvier 1929, Saint-Joseph-de-Beauce
GILBERT, Richard
DROUIN, Sophronie
m. 26 janvier 1892, Saint-Joseph-de-Beauce
GILBERT, David (1844-1926)
BLANCHETTE, Élise
m. 12 juin 1866, Saint-Joseph-de-Beauce
GILBERT, Olivier (1807-1884)
VACHON, Geneviève (1807-1874)
m. 8 janvier 1828, Saint-Joseph-de-Beauce
GILBERT, Pierre (1779-1859)
JACQUES, Thérèse (1778-1833)
m. 9 février 1802, Saint-Joseph-de-Beauce
DUPUIS-GILBERT, Charles (1742-1820)
JOBIN, Charlotte (1738-1812)
m. 7 février 1763, Charlesbourg
DUPUIS, Gilbert-Charles
BRUNET, Angélique
m. 13 novembre 1741, Sainte-Foy
DUPUIS Gilbert
PETITJEAN, Françoise
m. 13 novembre 1719, Rosnay, Berry, France

 

 

 

 

Autres articles dans cette édition

PUBLICITÉ
X