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Hervé Durand : vigneron en France... et au Québec

4 février 2014 - Par Jean Chouzenoux

Le Château des Tourelles, AOC Costières-de-Nîmes, est un vin bien connu au Québec. Mais saviez-vous que ce vignoble a un p’tit cousin au Québec ? Eh oui, il s’agit du Vignoble de l’Orpailleur. Hervé Durand est le pont entre ces deux domaines. C’est un homme passionné d’agriculture et un féru d’histoire, doublé d’un sens de l’aventure peu banal. Imaginez… planter de la vigne au Québec au début des années 1980 !

Depuis toujours, la famille Durand baigne dans la vigne. Le Mas des Tourelles est entré dans le giron familial en 1762 et Hervé l’a racheté de l’un de ses oncles en 1974. Bardé de son diplôme d’agriculture et d’œnologie, il apprend vite les rudiments de la profession et se voit confier les rênes d’autres propriétés familiales en 1968. Voilà maintenant que se profile à l’horizon l’ombre de son fils Guilhem. Hervé Durand recadre le tout : « Dans ce métier, on travaille pour la génération qui suit. » Son épouse et Guilhem étant ses complices, le trio opère dans quatre sphères d’activité reliées au monde de l’agrotourisme.


Le Mas des Tourelles à Beaucaire, vallée du Rhône.

Le vignoble français

Situé à Beaucaire, au sud de la France et sur les bords du Rhône, le vignoble d’une centaine d’hectares est planté majoritairement de grenache, de syrah et de mourvèdre. Quatre-vingts pour cent de la production, soit 250 000 bouteilles, est exportée vers le Québec sous les appellations Château des Tourelles, Mas des Tourelles et O’Terra (voir l’encadré). Mais ce Mas des Tourelles, situé en vallée du Rhône, révèle un autre secret…

Une cave gallo-romaine

Toute cette région située entre Avignon, Nîmes et Arles fut jadis territoire romain. Quelle ne fut pas la surprise des propriétaires du domaine de découvrir sur leur terre les vestiges d’une ancienne villa gallo-romaine ! Certains n’y auraient porté que peu d’attention, mais pas Hervé Durand. Il a permis aux autorités de faire des fouilles et de constituer un patrimoine historique. Lui, il s’est aussi lancé à fond dans une aventure incroyable, soit celle de faire du vin comme jadis, de la culture de la vigne à la vinification.

« Dans ce métier, on travaille pour la génération qui suit. »

D’abord, dans une partie du vignoble, les vignes sont plantées « en toute liberté » et poussent en s’agrippant aux oliviers. S’en suivent des vendanges faites à la main par des « esclaves » vêtus du cuculus (tunique d’époque). Dans la cellaria vinaria (salle de vinification), les raisins sont foulés au pied. Un pressoir en bois entièrement reconstitué d’après un texte de Caton, manœuvré à bras d’homme, permet de recueillir le jus qui est fermenté dans des dalia, (grandes jarres en terre cuite). Enfin, selon les textes anciens qu’Hervé Durand a consultés, trois recettes servent à élaborer autant de vins différents. Parmi les ingrédients utilisés, il y a des épices, des plantes, du miel et de l’eau de mer. Cette mixture permet de stabiliser le goût, de conserver le vin et de rendre le divin breuvage agréable aux libations. Je vous jure que goûter ces vins, fort agréables au demeurant, relève de l’expérience mystique ! Les 10 000 bouteilles produites annuellement trouvent rapidement preneurs.

La cave gallo-romaine d’Hervé Durand

 

La part belle aux produits régionaux

Viticulture rime avec agriculture. Et quand la terre est fertile, il faut varier les cultures. Dans cette ancienne bergerie, la famille Durand tient aussi boutique et, en plus des vins, propose une multitude de produits régionaux. Les producteurs locaux ont ainsi une vitrine de choix pour leurs huiles d’olive, tapenades, fruits confits, miels de lavande ou d’acacia, condiments romains et autres eaux-de-vie. Comme le site propose des visites guidées, les nombreux visiteurs profitent d’un ensemble de découvertes

L’aventure québécoise

Au début des années 1980, M. et Mme Durand effectuent un voyage au Québec. Ils visitent un monastère à Rougemont, constatent que l’agriculture y prospère bien et qu’ils sont au royaume de la pomme et, surprise, y découvrent quelques pieds de vigne. Un brin curieux et aventurier, notre homme consulte un atlas agroclimatique du Québec afin de s’enquérir du meilleur endroit où faire… pousser de la vigne ! Il acquiert alors une propriété dans la région de Dunham et, avec son ami Charles-Henri de Coussergues, crée le Vignoble de l’Orpailleur. Ils plantent les premiers plants de seyval, tout en aidant à la naissance du vignoble voisin des Côtes d’Ardoise. Ils seront rejoints dans leur aventure par Pierre Rodrigue et Frank Furtado. Quel acharnement a-t-il fallu à ces visionnaires pour parcourir autant de chemin sur la route des vins du Québec ! Accomplir autant de progrès relève de l’exploit quand on connaît l’importance du climat sur la culture de la vigne. Ils ont analysé les impondérables et y ont réagi, par exemple en privilégiant une taille basse du pied de vigne et en butant les ceps pour les protéger du gel (les recouvrir de terre). Puis, ils font maintenant partie de ceux qui innovent en utilisant des toiles géothermiques pour recouvrir les vignes et les prémunir du froid. Leur boule de cristal leur a-t-elle révélé qu’ils gagneraient un mois en durée de maturité du raisin, gracieuseté des changements climatiques ?

La première récolte, en 1985, au Vignoble de l’Orpailleur fut d’un petit millier de bouteilles de vin blanc. Aujourd’hui, les 27 hectares de vignes permettent une production de 250 000 cols. En plus du blanc, on y produit du rouge et, ce qui fait maintenant la renommée du vignoble canadien, d’excellents vins de glace.

Si vous souhaitez visiter ce vignoble, c’est l’ineffable Charles-Henri de Coussergues qui vous recevra, fier d’avoir récemment piloté le projet de créer la toute récente Certification des vins du Québec. Gilles Vigneault, qui a imaginé ce nom de l’Orpailleur pour nos quatre chercheurs d’or liquide, serait fier d’entendre Hervé Durand dire que son rêve est de : « voir le Québec se positionner parmi les bons pays producteurs de vin ».

Hervé Durand a de multiples passions. Récemment, il a acquis de vieilles amphores qu’il entend bien restaurer et exposer. Il en possède une entièrement reconstituée à partir de pièces brisées retrouvées sur sa propriété et qui ont soigneusement été recollées. Finalement, notre homme n’étant jamais à court d’énergie, il préside le conseil d’administration d’une association qui compte un hôpital pour enfants dans la région de Montpellier, en France. Son souhait : développer des liens avec des associations œuvrant au Québec, afin d’envisager des actions communes au service des enfants en difficulté… gageons qu’il réussira !

 

Vins offerts à la SAQ 

 

Château des Tourelles 2012, Code SAQ : 387035, 13,70 $

Mas des Tourelles 2011, Code SAQ : 11975233, 15,50 $

O'Terra Vin de Pays d'Oc 2009 (375 ml), Code SAQ : 913400, 7,90 $

 

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