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Guillaume Couture, pionnier de la seigneurie de Lauzon

25 janvier 2011 - Par Jean-Marie Lebel, historien

On le sait déjà, l’année 2011 sera l’occasion de bien des célébrations à Lévis. Nous en profitons donc pour vous présenter un destin exceptionnel, qui nous a toujours fascinés. Celui de Guillaume Couture, le premier défricheur de la seigneurie de Lauzon. De son humble maison, il apercevait au loin la ville de Québec, où régnait l’impétueux Frontenac.

Un homme des immenses forêts

Comme bon nombre des Français qui viennent s’installer en Nouvelle-France au XVIIe siècle, Guillaume Couture est originaire de la Normandie, province résolument tournée vers l’Atlantique. Il est né à Saint-Godard de Rouen vers 1616. On ne peut préciser davantage, car son acte de naissance a disparu. Le jeune Guillaume, venant d’un milieu fort modeste, est attiré par une prometteuse Amérique. Il répond donc à l’appel des Jésuites. Ceux-ci ont besoin de laïcs pour les appuyer dans leurs missions. Guillaume sait travailler le bois.

C’est en 1640 qu’il débarque à Québec. Il a alors environ 24 ans. Québec n’est qu’un village. Son fondateur, Champlain, est mort depuis à peine cinq ans. Guillaume est arrivé sur le même bateau que son collègue René Goupil, qui sera canonisé par l’Église catholique. Tous deux sont des « donnés » des Jésuites, c’est-à-dire des célibataires dévoués aux aspects matériels de la communauté. C’est en 1641 que, pour une première fois, Guillaume quitte Québec dans un canot d’écorce pour le lointain Pays des Hurons (dans l’Ontario actuel).

Un captif pacifiste

Au printemps de 1642, il ramène à Québec le père Raymbaud, malade. Dans l’été qui suit, il s’embarque dans un nouveau convoi de canots pour la Huronie. Après une nuit à Trois-Rivières, le convoi est attaqué par les Iroquois au-delà de ce poste, dans le lac Saint-Pierre. La bataille, féroce, est remportée par les Torturé. Pour avoir tué un chef iroquois, Couture est puni. On lui écrase les jointures, on lui arrache les ongles et on lui coupe un doigt avec un coquillage.

Guillaume est fait prisonnier et amené dans un village iroquois (dans l’actuel État de New York). Après des sévices, il est adopté par une vieille dame iroquoise qui en fait son esclave. Toutefois, elle le traite assez bien. Peu à peu, Guillaume apprend à parler l’iroquois. Par sa curiosité et sa jovialité, il devient l’ami de tous. Les Iroquois finissent d’ailleurs par le considérer comme l’un des leurs.

Trois ans plus tard, en 1645, un chef iroquois, qui se rend à un conseil de paix à Trois-Rivières, l’amène avec lui. Vêtu à l’iroquoise et ayant la peau basanée, Couture n’est d’abord pas reconnu par les Français, dont le gouverneur Montmagny. Peu à peu, ces derniers, prenant bien conscience qu’il s’agit de Couture, en sont estomaqués. Ils le croyaient mort depuis longtemps. Ce qui, de plus, ne manque pas de les étonner, c’est que Couture décide de repartir avec les Iroquois comme ambassadeur.

Les grands efforts de pacification de Couture sont cependant vains. Des jésuites sont assassinés. Les louables efforts de Couture sont toutefois reconnus. En 1647, sur son chemin de retour à Québec, il est fêté à Trois-Rivières et à Sillery, autant par des Amérindiens que par des Français.

Un paisible terrien face à Québec

En cette année 1647, Couture décide de mettre fin à sa vie dans les grandes forêts. Il veut s’établir sur une terre pour la cultiver paisiblement. Il obtient des Jésuites la rupture de ses vœux de « donné » pour se marier.

Couture, qui est sans fortune, accepte de construire une maison pour l’homme d’affaires François Byssot de Québec dans la seigneurie de Lauzon. Dans cette vaste seigneurie, dont le territoire est aujourd’hui occupé par la ville de Lévis, pas un seul arbre n’a encore été coupé !

En 1648, Couture peut construire sa propre maison sur le lot voisin, dans ce qui est aujourd’hui le secteur du Vieux-Lauzon de la grande ville de Lévis. Défrichant la terre, il devient le premier agriculteur de la seigneurie.

En novembre 1649, les récoltes terminées, Guillaume Couture est prêt à se marier. Il épouse Anne Esmard. Il n’a pas à se déplacer, puisque le mariage a lieu dans sa maison. C’est l’abbé Jean Lesueur qui traverse le fleuve de Québec.

L’intrépide explorateur

Guillaume Couture ne peut se consacrer tout à fait à sa terre. Le fait qu’il puisse parler plusieurs langues amérindiennes le rend indispensable. De plus, c’est un excellent canotier. En 1661, il participe à l’expédition de la découverte de la mer du Nord (baie d’Hudson). Couture est sûrement doté d’une bonne force physique. Les gouverneurs font appel à lui pour d’autres expéditions et missions. C’est un homme de confiance, qui ne perd jamais le nord.

Un bon père pour la seigneurie

À la maison en bois des Couture, Anne donne naissance, de 1650 à 1670, à pas moins de dix enfants et voit à leur éducation. Plusieurs s’illustreront. En 1688, Louise, l’une des filles, fait un bon mariage en épousant Thomas Couillard, le seigneur de Beaumont.

Une église est finalement construite à Pointe-Lévy. Guillaume Couture y a droit à tous les honneurs. C’est le doyen et le vieux sage de la seigneurie. À compter de 1690, le fils cadet, Joseph-Odger, qui a 20 ans, commence à s’occuper de ses parents. Guillaume ressent de plus en plus le poids des ans et des expéditions.

L’année 1700 débute sur une bien triste note pour Guillaume. Son épouse, Anne, meurt. Elle est inhumée dans le petit cimetière de Pointe-Lévy. C’est l’année d’après, à l’automne de 1701, que décède à son tour Guillaume Couture. Nous n’avons pas de documents qui nous indiquent son lieu d’inhumation. On peut supposer que ce fut près de son épouse.

Depuis lors, plusieurs de leurs descendants se sont illustrés dans l’histoire du Québec. Dans un parc près de l’église de Saint-Joseph-de-Lauzon, Guillaume Couture a eu droit à une statue. On l’a représenté fort et déterminé, paisible et confiant en l’avenir.

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