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Dans les coulisses du transfert d’entreprise

1er mars 2016 - Par Johanne Martin

« Le transfert d’une entreprise entre un cédant et un repreneur peut être comparé à une danse. Il s’agit d’un exercice complexe pour lequel il faut trouver un rythme qui convient à l’un et à l’autre afin d’éviter de se marcher sur les pieds. La communication y est également fondamentale. »

Titulaire de la Chaire en entrepreneuriat et innovation de l’Université Laval, Maripier Tremblay insiste expressément sur la complexité de ce qu’elle préfère qualifier de trajectoire plutôt que de processus de transfert. Avec le professeur retraité Yvon Gasse, elle a d’ailleurs réalisé une étude portant sur des jeunes des générations X et Y qui ont opté pour la reprise d’entreprise.

« Beaucoup de choses ont été écrites sur la question du transfert. On se rend compte que le problème concerne moins le besoin criant d’entrepreneurs pour remplacer ceux qui partent à la retraite que le fait qu’on a affaire à une situation complexe. Ce qui entoure le transfert génère sa part d’obstacles et on a le devoir d’éveiller les consciences », commente la chercheuse.

Si la reprise familiale demeure le modèle le plus courant au Québec, elle ne représente évidemment pas la seule avenue possible. De plus en plus, d’autres formules sont observées. Et lorsque le mode familial n’est pas celui qui s’applique, la rencontre entre repreneur et cédant est difficile à provoquer, car ceux qui sont prêts à tirer leur révérence ne s’affichent pas.

« Il y a absence de maillage, confirme Mme Tremblay. Les repreneurs qui sont parvenus à trouver une entreprise à acheter ont dû faire preuve de débrouillardise, notamment en mettant à contribution leur réseau d’affaires personnel. Il faut s’employer à développer et déployer des moyens pour que les repreneurs puissent faire plus aisément le lien avec les cédants. »

La chercheuse déplore à cet égard le fait que les entrepreneurs soient trop peu nombreux à explorer la piste d’une reprise par des personnes qui travaillent déjà dans l’entreprise. Elle est en outre d’avis qu’il est nécessaire d’aider les cédants à déceler le potentiel des employés qui les entourent, même chez ceux qui n’ont jamais envisagé la possibilité de devenir entrepreneur.

« Ce qu’on constate aussi, peu importe le type de transfert, c’est une tendance au rachat par une équipe de repreneurs. Cette combinaison d’expertises s’explique essentiellement par le désir des individus qui achètent d’être avec d’autres personnes. D’un point de vue économique, la force ainsi créée sert l’entreprise », rend compte Maripier Tremblay.

« Le transfert d’une entreprise entre un cédant et un repreneur peut être comparé à une danse. Il s’agit d’un exercice complexe pour lequel il faut trouver un rythme qui convient à l’un et à l’autre afin d’éviter de se marcher sur les pieds. »

- Maripier Tremblay, titulaire de la Chaire en entrepreneuriat et innovation de l’Université Laval.

D’autres défis

Tous les experts s’entendent pour dire qu’un transfert constitue en général une expérience hautement émotive pour le cédant, que l’opération doit être soigneusement planifiée, s’échelonner dans le temps et être encadrée par des professionnels. Le lâcher-prise de la part de l’entrepreneur et l’intégration des repreneurs comportent à coup sûr leur lot de défis.

« Le cédant est rarement prêt sur le plan psychologique à quitter de façon définitive son entreprise, mais il lui faut laisser du pouvoir décisionnel à ceux qui arrivent et l’occasion de faire des erreurs. Les repreneurs doivent pouvoir prendre de la crédibilité dans l’organisation », suggère la titulaire de la Chaire en entrepreneuriat et innovation de l’Université Laval.

D’un autre côté, la relève aura avantage à ne pas demeurer passive et à trouver une manière de s’imposer. Selon la spécialiste, les compétences en négociation ne sont pas suffisamment développées chez les repreneurs, qui doivent apprendre à exprimer leurs besoins. Ultimement, ceux-ci sont également encouragés à être moins dépendants des intervenants du cédant.   

« Tout cela sans oublier qu’une transition risque d’être plus facile si le cédant continue temporairement à occuper une place dans l’entreprise, soit en devenant un mentor, en pilotant un projet ou en jouant un rôle de conseiller », conclut celle dont l’étude a fait l’objet d’un livre – La relève entrepreneuriale : le parcours de vingt repreneurs – lancé il y a quelques jours.

Un cas de transfert… sans précipitation
Ianny et Antoine Xénopolous, restaurateurs de père en fils.
Copropriétaire — avec son père — du Café Sirocco et du restaurant Le Louis-Hébert, Ianny Xenopoulos a toujours su s’adapter. Après avoir combiné la pratique du droit et la restauration, il lui a un jour fallu faire un choix. Entrepreneur dans l’âme, il vit maintenant au rythme d’un transfert qui s’effectue sans précipitation. « Aucune échéance n’a été fixée pour compléter le processus, confirme l’homme d’affaires. On y va à la vitesse de mon père, Antoine, qui a la restauration en lui. Il y a 35 ans, il fondait Le Louis-Hébert sur Grande Allée, puis, avec moi en 2003, le Café Sirocco sur René-Lévesque. Encore présent, il réduit toutefois peu à peu ses heures et prend dorénavant des vacances l’hiver. » S’il a toujours géré seul le Café Sirocco, Ianny Xenopoulos occupe de plus en plus de place dans l’administration du Louis-Hébert. Il faut dire qu’autour de la table, à la maison, l’exploitation du restaurant représente un sujet de discussion depuis son tout jeune âge. Très tôt, il s’initie aux activités de l’établissement, activités qu’il poursuit pendant ses études universitaires. Diplômé en droit d’abord, Ianny complète des études de 2e cycle en gestion. Devenu avocat, il pratique dans un cabinet privé pendant six ans tout en gardant un pied dans la restauration. « Je combinais les deux, mais à un moment donné, mon père était rendu à l’étape où il se demandait ce qu’il allait faire. C’est là que j’ai décidé de me concentrer sur la restauration. » Partageant essentiellement la même philosophie en affaires, père et fils se rejoignent généralement dans la prise des décisions importantes qui concernent leurs entreprises. « Nos approches se ressemblent, même s’il est nécessaire de s’adapter au contexte d’aujourd’hui. En 35 ans, la réalité de la restauration a beaucoup changé », confie Ianny Xenopoulos. Admettant que des divergences d’opinion surviennent parfois, le fils apprécie pouvoir bénéficier de l’expérience du père. « À la base, je dirais que pour réussir un transfert familial, il faut entretenir de bonnes relations, y aller au rythme de chacun, ne pas forcer celui qui est appelé à quitter vers la sortie et faire preuve d’un respect mutuel », termine le restaurateur. 

 

Consultez nos chroniques en lien avec notre dossier sur le transfert d'entreprise :
L'entente de confidentialité avant toute chose - Des conseils de Tassé Bertrand avocats
L’humain au cœur du processus - Des conseils de Raymond, Chabot, Grant, Thornton

 

 

 

 

 

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