
Une décennie de PRESTIGE

par Gilles Levasseur
Photo : Louis Arthur
Pour lancer un magazine indépendant au creux d’une déprime économique et permettre au navire d’arriver fièrement à bon port au terme d’un périple d’une décennie, il fallait que l’idée soit non seulement très originale, mais qu’elle réponde aussi à un besoin qui n’était pas comblé au sein de la communauté d’affaires de Québec. Mettre en valeur des entreprises de marque et les brancher sur leur clientèle cible tout en misant sur un contenu varié et intéressant, tel était le plan de match imaginé par Denys Paul-Hus et son fils Pierre. Le duo jette aujourd’hui un regard satisfait sur le chemin parcouru. Rétrospective d’une progression constante qui s’est jouée en deux temps.…
PRESTIGE. À lui seul, le terme crée déjà un mystérieux impact, appelle invariablement à la qualité, pourrait-on dire. La raison sociale reflète parfaitement la mission du magazine indépendant, le seul du genre au Québec, qui voit le jour en mai 1996 en pleine période d’incertitude économique. Denys et Pierre Paul-Hus, qui ont d’abord envisagé une publication couvrant la restauration, optent finalement pour un audacieux concept de « magazine-cité ». Objectif : mettre en relation des annonceurs et un lectorat financièrement à l’aise. Récession ? Qu’à cela ne tienne ! À la barre du navire, un duo complémentaire. Denys, le père, fort de son expérience des médias et des nombreux contacts accumulés en carrière, et son fils Pierre, qui offre son dynamisme et sa soif d’apprendre. Tandis que le premier établit les bases de l’entreprise et en assure le rodage, le second se familiarise avec tous les rouages d’un mensuel. Déjà formé à l’exigeante école de l’armée, il ne rechigne pas devant la tâche à accomplir et s’impose une discipline de fer, à mille lieues du modèle traditionnel du « fils à papa » débarquant alors que le gros du travail est déjà fait. Rapidement, il prend de plus en plus de place dans la gestion quotidienne à titre de directeur général, tandis que le paternel a les coudées plus franches pour s’occuper de la Corporation des restaurateurs de Québec, fondée en même temps que PRESTIGE mais constituant une entité distincte, ainsi que du Gala de la restauration dont il a déjà la responsabilité depuis 1987 et auquel s’ajoutera, en 1998, le Festival de la gastronomie – Coupe des Nations.
Une croissance rapide
Dès la publication des premiers numéros, les fondateurs se rendent compte que leur concept fait mouche, à tel point qu’ils doublent le tirage de la revue à 30 000 exemplaires. Cet écho quasi instantané du milieu les encourage à améliorer progressivement la facture visuelle autant que le contenu avec la complicité d’une équipe compétente et dévouée. Pourtant, diriger et rentabiliser un magazine qui vole de ses propres ailes et dépend essentiellement de ses revenus publicitaires pour fonctionner relève déjà de l’exploit. Si le secret est souvent dans la sauce, la recette du succès de PRESTIGE repose sur plusieurs ingrédients, mais surtout sur une information qui nourrit et intéresse le lecteur ainsi que sur une personnalité distinctive qui amène ce dernier à se sentir abonné, presque privilégié, même s’il reçoit la revue gratuitement. « La distribution à domicile constitue un autre facteur qui appuie nos taux élevés de rétention et de satisfaction, estime Pierre Paul-Hus, car nous avons toujours pensé que ce n’est pas dans l’effervescence d’un bureau qu’on trouve le temps de lire un magazine, mais plutôt dans la quiétude du foyer. »
Un second souffle
Au fil des ans, PRESTIGE progresse en notoriété en s’imposant comme un véhicule publicitaire attrayant et efficace, ce qui lui attire de nouveaux annonceurs. Mais sa croissance connaît un élan décisif à l’automne 2002 alors que l’équipe emménage à l’angle du boulevard René-Lévesque et de la rue des Érables.
À partir de là, le magazine adopte la formule des thématiques. Les domaines des affaires, de l’automobile et de la restauration s’ajoutent aux précédents. Parallèlement, le concepteur-graphiste Roberto Waska rivalise d’inspiration et d’originalité pour raffiner davantage la présentation, de concert avec le photographe Louis Arthur, dont la contribution très professionnelle ajoute au prestige qui se dégage du produit. Le tirage atteint finalement son rythme de croisière de 40 000 copies et captive chaque mois quelque 100 000 fidèles lecteurs, de Saint-Augustin à l’Île-d’Orléans. « Plusieurs en font même une collection, s’étonne Denys Paul-Hus, car on nous demande régulièrement des numéros manquants. Comme quoi notre magazine suscite beaucoup d’intérêt, et à long terme par surcroît ! »
Se payer du prestige !
Depuis quelques années, PRESTIGE s’est gagné la faveur d’un nombre grandissant d’annonceurs en raison de sa notoriété et des résultats obtenus. « Alors que dans beaucoup de publications, explique Pierre Paul-Hus, la publicité propose habituellement des aubaines, nos pages servent avant tout de vitrine à la qualité d’un produit, d’un service, car les entreprises qui nous choisissent savent que pour nos lecteurs, le prix demeure secondaire. Parallèlement, notre véhicule est devenu une façon privilégiée pour bien des entreprises de faire connaître leur réussite et de la partager avec leurs pairs, de se payer un peu de... prestige, entend-on régulièrement. »
Des partenaires de choix
Toute réussite est le reflet d’une chaîne dont chaque maillon contribue à la solidité et l’efficacité de l’ensemble. Denys et Pierre Paul-Hus rendent hommage à toutes les personnes qui se sont impliquées au sein de l’équipe et celles qui y œuvrent encore. PRESTIGE compte une dizaine d’employés à temps plein ainsi qu’une quinzaine de pigistes, sous la supervision du rédacteur en chef . Et une incontournable mention à l’Imprimerie Solisco (Jean Grégoire et Carole Maheux), une entreprise indépendante de Scott-Jonction, fidèle partenaire de la première heure.
L’avenir ?
Pour les patrons du magazine, l’avenir ne passe pas nécessairement par un tirage plus substantiel, mais d’abord par l’amélioration du produit, qui profite désormais, depuis son 10e anniversaire, d’un logo encore plus représentatif de l’énergie qu’il transporte. « Notre évolution passera par des textes améliorés, des collaborateurs plus aguerris, un contenu à la fine pointe des tendances et l’ajout de sections thématiques, ce qui nous permettra de nous adapter à un lectorat qui se renouvelle constamment », conclut Denys Paul-Hus. Le regard décidé de son fils reflète sa propre détermination et en dit long sur la volonté du duo de poursuivre dans cette prestigieuse voie.
Denys Paul-Hus
Infatigable malgré la soixantaine qui approche, Denys Paul-Hus affiche une impressionnante feuille de route. Après avoir fondé, dans la vingtaine, l’hebdomadaire régional La Voix de Granby, il se lance dans la radio avant de devenir directeur général des hebdos régionaux du Groupe Quebecor dans la région étendue de Québec. Grand manitou du Gala de la restauration depuis 1987, il crée Méga-Pro Marketing en 1994, puis met sur pied la Corporation des restaurateurs de Québec l’année suivante. Et comme il lui reste suffisamment d’énergie, il s’occupe aussi du Festival de la gastronomie de Québec, un concept que des Européens veulent maintenant importer chez eux, sans compter la Coupe des Nations. Son organisation, avec d’autres associés, vient d’hériter de Sélection mondiale des Vins, la plus importante compétition de vins au pays, qui se tiendra à Québec à chaque année!
Pierre Paul-Hus
Si vous croisez Pierre le mardi, c’est son uniforme militaire qui attirera votre attention. En effet, il mène une double vie ! En plus d’agir à titre de directeur général de PRESTIGE, il est aussi le commandant du Régiment de la Chaudière depuis 2003, un poste qui place plus de 200 personnes sous sa gouverne et qui comporte une foule de responsabilités. « C’est comme si je dirigeais deux entreprises en même temps », avoue-t-il. D’ailleurs, c’est non sans une fierté bien légitime qu’il a été reçu en audience privée par la reine Elizabeth II le 23 mai 2006 pour lui remettre un exemplaire du livre Le Régiment de la Chaudière : 1869-2004 qu’il a édité en 2005. Fin-trentaine, Pierre est maintenant père de deux jeunes enfants, Alexandre, 5 ans , et Audrey, âgée de 3 ans. « Qui sait, un jour, s’ils ne tâteront pas du PRESTIGE eux aussi... » Enfin, vous a-t-on dit qu’il est aussi pilote d’avion ? Infatigable, disions-nous à propos de son père...

