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Collection Demers - Petites histoires de grandes voitures d’exception

4 mars 2014 - Par Frédéric Masse

Mon coeur bat à cent à l’heure. Depuis le temps que j’en rêve, que j’en entends parler ! Le jour J est enfin arrivé. Je m’apprête à franchir la porte d’un hangar qui, de l’extérieur, n’annonce absolument rien de l’univers auquel j’aurai bientôt accès. À peine entré dans le vestibule, je comprends rapidement que, même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais pu imaginer un tel paradis de voitures d’exception ! PRESTIGE vous invite à une visite guidée de quelques-uns des fabuleux joyaux de cette collection unique au monde de la famille Demers.

 

Un secret dévoilé
Septembre 2013. Les médecins Jean-Pierre Gagné et Karine Girard organisent une Virée de voitures de rêve au profit de la Fondation du CHU de Québec. À l’occasion de cette collecte de fonds, plusieurs prix sont mis à l’encan, dont quelques visites, avec accès très limité (et d’une valeur de 2 500 $ à 3 000 $ par visite) permettant d’aller admirer l’une des plus belles (sinon LA plus belle) collections de voitures au monde. Fait le plus étonnant, cette collection cachée ne se trouve pas à New York ou à Las Vegas, ni même à Dubaï, mais ici même, au Québec, à Thetford Mines plus précisément. Elle appartient à la famille Demers depuis trois générations et tous les revenus des visites que cette dernière récolte sont remis à des oeuvres caritatives, dont celles de la Fondation du CHU. Or, avant la tenue de cette Virée de voitures de rêve, très peu de gens connaissaient son existence.
Aujourd’hui, tout le monde en parle, entre autres grâce à l’animateur de radio du FM93, Sylvain Bouchard, qui a partagé son émerveillement avec ses auditeurs à la suite de sa visite. La nouvelle s’est ensuite répandue comme une traînée de poudre. Aussi époustouflante que mystique, cette collection se cherche aujourd’hui un lieu d’exposition où elle pourra s’offrir aux yeux du grand public. Plusieurs villes au Québec, au Canada et même dans le monde se sont montrées intéressées à l’accueillir. Pourquoi pas la ville de Québec ? Si vous croyez en ce projet, manifestez-vous : redaction@magazineprestige.com.

 

Le retour des eighties

Cela fait déjà 40 ans que la Lamborghini Countach a été produite. Le modèle que vous voyez ici est sa version LP 500, aussi appelée 5000 S par les connaisseurs. Celle-ci a été présentée lors du Salon de Genève, en 1982. Imaginez, au tournant des années 1980, cette voiture à moteur V12 en position longitudinale arrière (d’où le LP pour longitudinal posterior) produisait plus de 375 chevaux, était équipée de pneus de 15 pouces (!) et pouvait atteindre 300 km/h : des prouesses pour l’époque. « Tous les amateurs de voitures de plus de 30 ans connaissent la Lamborghini Countach, icône des années 80. Elle a fait rêver des générations et des générations », relate M. Roger Demers. J’ajouterais qu’elle s’est retrouvée très souvent affichée sur de nombreux murs de chambre d’adolescents aux côtés de Samantha Fox et Paula Abdul… On dit que l’appellation de cette exotique aurait été amenée par Bertone, qui se serait exclamé « Countach ! » en voyant l’oeuvre de Marcello Gandini. Cette expression piémontaise signifiant « Quelle beauté ! » aura alors été retenue pour la voiture mythique. Celle de la collection Demers n’a jamais roulé. Exemplaire unique, elle a été achetée par un collectionneur de l’époque et conservée telle quelle. Tout dans cette voiture transpire les eighties. Il ne nous manquait que Thriller de Michael Jackson en trame de fond pour nous faire carrément retomber dans l’ambiance de ces années.

Le designer Marcello Gandini

 

Une Rolls, de la chasse et de l’argent massif

Ici, vous contemplez l’unique exemplaire d’une Rolls 1921, produite spécialement pour le vice-roi de l’Inde. Imaginez, selon M. Demers, cette voiture aurait été spécialement conçue pour le vice-roi afin de lui servir de véhicule de fonction… lors de ses escapades de chasse. Chose encore bien plus surprenante, chaque pièce que vous voyez briller sur la photo – et je dis bien chaque pièce – est en argent massif ! « Il n’y a aucun placage ; les roues, par exemple, sont en argent massif, raconte M. Demers. Visiblement, l’aspect monétaire n’était pas un facteur très important… À l’époque, Rolls- Royce construisait les voitures à l’image de ses propriétaires. Dans le cas présent, comme il s’agit d’un vice-roi, on a utilisé un métal précieux. »

Véhicule… de chasse !

 

Aussi sexy que la pin-up

Ce Cord L-29 boattail Speedster est tout simplement ahurissant. Il transpire le sex appeal sous tous ses angles, de la couleur de sa carrosserie jusqu’aux cuirs rouge passion de son habitacle. Pas surprenant que Paul Bern, alors producteur de films pour la MGM et nouveau mari de la célèbre pin-up Jean Harlow (qui a fait partie de la distribution du film Hell’s Angels, produit par Howard Hughes, un autre célèbre personnage ayant une place importante dans la collection des Demers – voir en page 26), lui ait offert ce cadeau pour leur nuit de noces. Toutefois, deux mois plus tard, Bern mourait d’une balle dans la tête, la police trouvant une note attestant qu’il se serait suicidé. Certaines rumeurs laissent croire que Harlow et Bern n’auraient jamais pu consommer leur amour, puisque ce dernier était impuissant. D’ailleurs, ce dernier aurait laissé une célèbre note sur laquelle on pouvait lire :

« Dearest dear, Unfortunately this is the only way to make good the frightful wrong I have done you and wipe out my abject humiliation. I love you. Paul. You understand last night was only a comedy.  »

Sur une autre note, celle-là plus positive, ce coupé a remporté le prix Pebble Beach à trois reprises et a obtenu la mention Senior, soit la plus haute distinction, dans ce concours d’élégance. Certains récits relatent d’ailleurs que cette voiture aurait disparu ou aurait été détruite durant la Seconde Guerre mondiale. Visiblement, M. Roger Demers a une réponse différente à cette affirmation. La voiture en question... elle se trouve dans cette collection !

Le couple Paul Bern et la célèbre pin-up Jean Harlow.

 

Sublime Hispano-Suiza

Quelle beauté que cette Hispano-Suiza  ! Les voitures de cette marque étaient, à l’époque, produites uniquement pour les plus nantis de la société. M. Demers m’explique que cet exemplaire, une K6, aurait été construit sur mesure pour les sang bleu, soit la famille royale d’Angleterre. Plus précisément, elle aurait été conçue pour la duchesse de Westminster. La duchesse l’aurait alors conservée trois ans, puis la voiture serait ensuite passée à la famille Coty, de riches parfumeurs français. Véritable beauté, la Hispano-Suiza est l’un des plus beaux spécimens sur quatre roues que j’ai eu le privilège d’admirer au cours de ma vie (et le mot « privilège » est bien choisi).

M. Demers m’explique que, lors d’un concours tenu par la famille Dion-Angélil au club de golf Le Mirage, où l’on avait regroupé les 100 plus belles voitures du continent nord-américain, Luigi Chinetti, l’un des juges de l’événement, triple vainqueur du Mans et unique importateur de la marque Ferrari aux États-Unis pendant de longues années, lui aurait décerné le titre de plus belle voiture du monde, ajoutant que s’il en existait une plus belle, le bon Dieu l’avait conservée pour lui. Fait important à mentionner : vous ne verrez cette voiture nulle part ailleurs, puisqu’il s’agit du seul exemplaire sur la planète.

La duchesse de Westminster vers 1930.

 

La Bugatti de Riopelle

Cette Bugatti fait partie des dix voitures de la collection du célèbre peintre Jean-Paul Riopelle, voiture qu’il a lui-même conduite. « De ces voitures, sept ont été déclarées parmi les 100 plus belles voitures du monde », nous explique M. Demers. Il ajoute que « cette Bugatti est très particulière. Il s’agit d’une Letourneur & Marchand  », un carrossier se spécialisant dans l’habillage de voitures d’exception, comme des Duesenberg, Hispano-Suiza, Rolls-Royce, Minerva et, évidemment, Bugatti. « Ces voitures étaient construites en très petite quantité dans les années 30. Elles furent très prisées par les gens riches. Celle-ci fut initialement achetée par la famille Matisse, propriétaire de galeries d’art. C’est d’ailleurs elle qui a vendu la voiture à Jean-Paul Riopelle. On estime, au maximum, à cinq la production de ce cabriolet. »

Anecdote extrêmement intéressante : les Bugatti n’étaient pas vendues à n’importe qui. M. Demers m’explique qu’Ettore Bugatti, président de la marque, invitait tous les futurs acheteurs à venir manger avec lui dans son hôtel situé à côté de son usine. S’il vous aimait, il vous construisait une voiture. Dans le cas contraire, vous deviez faire une croix sur une Bugatti neuve… Ça, c’est de l’exclusivité !

Jean-Paul Riopelle et sa Bugatti

 

Hughes et sa voiture de bois

Exemplaire unique, ce Cord 1936 a appartenu à Howard Hughes. Pilote, producteur de films et homme d’affaires prospère, M. Hughes a été l’un des hommes les plus puissants et riches des États-Unis. Il a notamment fait voler le plus gros avion de bois au monde, le Hercules, également surnommé Spruce Goose (le métal était alors réservé à l’effort de guerre), qui mesurait 67 mètres de long et avait plus de 97 mètres d’envergure. Passionné d’aviation et de bois, il a donc fait construire, sur mesure, une voiture qui en serait le prolongement. C’est cette dernière qui est exposée dans la collection Demers. « Exemplaire évidemment unique, cette Cord a la particularité d’avoir été faite avec la carlingue d’un biplan. La partie avant, où se trouve le moteur, est en métal, mais la partie arrière est en bois. M. Hughes a donc utilisé un avion biplan et l’a fait démonter chez Packard afin de le faire monter sur un châssis d’automobile », explique M. Demers.

L’ingénieux Howard Hugues

 

Lors de la visite de PRESTIGE en prévision du reportage :
M. Roger Demers en compagnie de Pierre Paul-Hus, qui fait partie des gens d’affaires intéressés à ce que la collection de la famille Demers soit exposée à Québec.

 

Autant en emporte le vent

Cette superbe Cord L-29 1930 a appartenu à William Clarke Gabble, célèbre acteur ayant notamment joué dans le film Autant en emporte le vent. M. Demers nous explique d’ailleurs que « dans les années 1930, les premières voitures de série étaient toujours destinées à des vedettes pour en faire la publicité. Cette Cord, par exemple, était la toute première traction au monde. M. Gabble a donc reçu cette voiture pour publiciser à la fois les Cord, mais aussi les tractions avant. »

L’acteur Clark Gabble

 

Schacht et le premier deux cylindres à plat

Schacht, une compagnie presque oubliée en Amérique du Nord, a connu de belles années au début des années 1900 avec une production totale de 8 000 véhicules qui s’échelonna de 1903 à 1913. La compagnie de Cincinnati, en Ohio, créée par William et Gustav Schacht, a d’ailleurs produit des véhicules portant les appellations H et B, avant d’être incapable de faire face à la concurrence d’une certaine Ford Modèle T, cessant ainsi sa production automobile en 1913. La voiture que vous admirez ici, une 1903, n’est nulle autre que la toute première voiture à moteur Boxer, aussi appelé moteur à plat, à deux cylindres produite au monde. On doit donc à Carl Benz le tout premier moteur à plat monocylindre en 1896, mais c’est à Schacht que l’on doit le premier moteur deux cylindres. Depuis, ce moteur a fait ses preuves et a notamment été popularisé grâce à la Coccinelle de Volkswagen. Aujourd’hui, certaines compagnies utilisent encore ce type de motorisation, Porsche étant l’une d’elles.

Moteur à plat

 

*Les données historiques contenues dans ce reportage ont fait l’objet de recherches et de vérifications. Néanmoins, ces données peuvent varier selon les sources et certaines demeurent obscures. Ce reportage a donc été réalisé d'après les connaissances actuelles.

 

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