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Au pays de Dracula

7 octobre 2014 - Par Jacques Noël

Pressant le sang du vampire à fond, la Roumanie a fait de Dracula – la honte du pays hier encore – son nouveau trademark touristique. On trouve des circuits Dracula, des chambres Dracula, des tee-shirts, des briquets, des draps, des verres et des vodkas Dracula. On tient même des congrès sur Dracula !  

 

Naissance d’une légende

Pourtant, Dracula a peu à voir avec la Roumanie. Comme son cousin Frankenstein, Dracula est essentiellement un produit hollywoodien, l’une des plus grandes vedettes du cinéma fantastique.

Bram Stroker (1847-1912), le père du vampire, n’est pas roumain non plus, mais irlandais ! Un de ces innombrables génies de la littérature universelle que la petite île pluvieuse a produit. En 1897, Stroker publie son Dracula, inspiré du comte Dracul, qui a bel et bien vécu au 15e siècle. Surnommé Vlad Tepes, (Vlad l'Empaleur, 1431-1476), il était prince de Valachie ; en gros, la Roumanie actuelle.

Fils de Vlad Dracul (« drac » signifie « diable » en roumain), Vlad Tepes n’a jamais pratiqué le vampirisme de sa vie. Mais la cruauté qu’il a démontré pour irradier la criminalité dans son royaume, et le plaisir qu’il avait à empaler ses ennemis (Turcs surtout), allant jusqu’à dîner devant le spectacle, ont laissé à la postérité l’image d’un monstre sanguinaire. Il fut décapité en 1476 ; sa tête fut plantée sur une lance et son corps enterré au couvent de Snagov, en banlieue de Bucarest.

En 1921, Dracula fait une première apparition au cinéma dans Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau, un chef-d’œuvre du cinéma muet. Une décennie plus tard, la tombe de Vlad Tepes est découverte. Surprise : elle est vide. Le mythe de Dracula commence alors à prendre forme, rejoignant les écrits de Stroker.

Ceausescu

Pendant ce temps, les Roumains vivaient sous la férule de Nicolae Ceausescu, le Dracula des temps modernes, dont le terrible régime n’avait rien du cinéma… Sous son triste règne, la Roumanie réussissait quand même à attirer quelques touristes. Mais une fois le « génie des Carpates » tombé, et le communisme avec lui, on a cherché comment on pourrait attirer le tourisme de masse en Roumanie.

Après quelques années de tatillonnage, on a eu le trait de génie de transformer la honte nationale, le grand monstre sanguinaire, en un running gag, une bonne grosse blague, un peu comme le monstre du Loch Ness en Écosse. C’est ainsi que Dracula est devenu la nouvelle marque de commerce du pays. Avec grand succès d’ailleurs, puisque la Roumanie est une destination qui monte en flèche.

Sighisoara, la ville de Dracula

Sighisoara, ville médiévale.

Véritable trésor architectural préservé par l’UNESCO, la ville médiévale de Sighisoara possède un charme incomparable, une atmosphère romantique indescriptible. Construite sur le pic d’une montagne, protégée par des remparts pourvus de 16 tours massives, Sighisoara, avec ses ruelles pavées et ses jolies maisons aux couleurs pastel et aux balcons fleuris, est l’une des plus belles attractions de la Transylvanie, voire de toute la Roumanie.

On pénètre dans la vieille ville fortifiée en montant des escaliers resserrés sur les murs de la citadelle. Sous la vieille tour de l’horloge, un musée raconte l’histoire de la ville. On peut accéder à l’horloge en se tapant les 172 marches, en faisant attention de ne pas se cogner la tête sur toutes ses vieilles poutres installées à une époque où les mâles de six pieds n’étaient pas encore monnaie courante. La vue sur la ville et la région est imprenable. Chaque heure, l’horloge s’enclenche ; de petites figurines en bois sortent de leur cachette et dansent sous le son du carillon. 

Vieille tour de l’horloge à Sighisoara - Photo : Jacques Noël

Toute la ville est un musée et chaque maison un monument. L’espace étant fort limité, les quelque 150 maisons sont au même nombre qu’au Moyen Âge. La plus vieille et la plus célèbre est celle de Vlad Tepes. Né en 1431, il y a vécu là jusqu’à l’âge de quatre ans. Assez longtemps pour en faire la terre natale du « père » de Dracula. C’est maintenant un bar et un restaurant. Une plaque sur le mur extérieur nous rappelle ce haut fait historique.

La maison de Vlad Tepes, le compte qui a inspiré le personnage de Dracula. - Photo : Jacques Noël

Au Moyen Âge, on tenait des procès sur la place principale. Et on y appliquait les sentences… Comme le « pilier de l’infamie », qui consistait à accrocher au sentencié une pierre de six kilos autour du cou. Aujourd’hui, on peut y prendre une bière en toute quiétude, en regardant les figurines de la vieille tour.

Le château de Dracula

Le château de Dracula n’est pas situé à Sighisoara, mais à Bran, un petit village près de Brasov. Juché sur le sommet d’une colline, le château servait à assurer la défense de la route commerciale qui reliait la Valachie à la Transylvanie. Il aurait hébergé Vlad Tepes. L’auteur Stroker a dû en être très impressionné, puisqu’il en a fait le haut lieu des crimes de son Dracula. Le château a été restauré avec bon goût dans les années 1990, et les enfants le visitent aujourd’hui en toute quiétude…

Château de Bran - Source : bran-castle.com

 

On se fait photographier fièrement devant et on achète les souvenirs du vampire à la fin de la visite. En moins d’une génération, la Roumanie a transformé sa honte nationale en un lucratif commerce qui attire un demi-million de visiteurs chaque année. Et c’est loin d’être fini. De mystérieux investisseurs new-yorkais voudraient transformer le château en un hôtel offrant une « expérience unique » de deux ou trois jours en milieu lugubre, pour la modique somme de 90 millions de dollars ! Des gouttes de mafia bientôt dans le sang de Dracula ? Faudrait en parler au maire de Bran…

Château de Bran : bran-castle.com

 

 

 

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