PUBLICITÉ

Action bénévole : passé, présent et avenir

8 novembre 2011 - Par Johanne Martin

L’action bénévole n’a pas d’âge ni de sexe, et les personnes qui s’engagent dans leur communauté proviennent de tous les milieux. Si le don de soi a toujours fait partie de nos valeurs, les formes qu’il prend et les causes qu’il épouse sont en perpétuel changement. À l’heure où les besoins se multiplient, le recrutement et la rétention des bénévoles s’accompagnent aussi de nouveaux défis. Quel est l’avenir pour ce secteur de l’économie essentiel à l’essor de notre société ?

Longtemps, le bénévolat a renvoyé l’image d’une activité réservée presque’ exclusivement aux femmes issues de la bourgeoisie. Désignées sous le vocable de dames patronnesses, ces premières « bénévoles » étaient généralement indépendantes de fortune et devenaient donc des candidates parfaites, selon les critères d’une certaine époque, pour s’occuper d’œuvres destinées à venir en aide aux pauvres.

Le Québec compte plus de deux millions de personnes qui s’engagent dans leur communauté et qui effectuent environ 300 millions d’heures de bénévolat chaque année.
Le Québec compte plus de deux millions de personnes qui s’engagent dans leur communauté et qui effectuent environ 300 millions d’heures de bénévolat chaque année.

Aujourd’hui, la société réalise mieux la portée de l’action bénévole, qui s’avère bien plus large que l’idée que les gens s’en faisaient autrefois. Dans les faits, les bénévoles se retrouvent au cœur de bien des causes, qu’il s’agisse de défendre des droits, d’aider une personne en perte d’autonomie à demeurer le plus longtemps possible dans son milieu familial, de réclamer de meilleures conditions de vie au nom d’une collectivité, de fournir de l’aide aux devoirs auprès des enfants, de répondre à des besoins de base dans une situation d’urgence ou de faire profiter un organisme à but non lucratif de son expertise professionnelle.

Mais qu’en est-il exactement du portrait de l’action bénévole au Québec ?

Quelles motivations sont à la base de la décision de s’engager et quelles stratégies sont employées pour attirer et convaincre de donner de son temps ? Établissons d’entrée de jeu que, contrairement à la croyance populaire, on note chez les Québécois une tendance à l’augmentation et non pas à la diminution de l’engagement bénévole. Entre 2004 et 2007 – années où ont été réalisés les derniers coups de sonde de Statistique Canada à cet égard – le taux de participation à des activités non rémunérées chez les 15 ans et plus est passé de 34 % à 37,2 %, et le temps alloué, de 146 à 162 heures annuellement.

Désengagés, les jeunes ?

Les enquêtes récentes vont par ailleurs à l’encontre d’un autre mythe tenace : alors qu’on affirme régulièrement que les jeunes ne s’engagent pas, les résultats démontrent que près de la moitié des Québécois et Québécoises âgés de 15 à 24 ans s’adonnent à des activités bénévoles (48 %). En termes d’action bénévole, les jeunes forment même le groupe d’âge le plus mobilisé.

« Il apparaît clairement que les jeunes cherchent à participer au mieux-être de leur collectivité, mais perçoivent leurs actions comme un engagement citoyen plutôt que comme du bénévolat.»
« Il apparaît clairement que les jeunes cherchent à participer au mieux-être de leur collectivité, mais perçoivent leurs actions comme un engagement citoyen plutôt que comme du bénévolat. »

« Il apparaît clairement que les jeunes cherchent à participer au mieux-être de leur collectivité, mais perçoivent leurs actions comme un engagement citoyen plutôt que comme du bénévolat, nuance le directeur général du Centre d’action bénévole de Québec (CABQ), Charles-Henri Parent. L’action bénévole présente pour eux plusieurs avantages, dont la possibilité d’apprendre à mieux se connaître, de développer des talents et de faire partie de nouveaux réseaux sociaux qui faciliteront leur intégration professionnelle. »

S’ils s’investissent davantage dans les organisations qui répondent à leurs besoins et correspondent à leurs intérêts – famille, environnement, culture et loisirs –, ils préfèrent aussi s’engager dans des projets de courte durée. « L’utilisation des réseaux sociaux représente un excellent moyen de les joindre ; la façon de les recruter doit évidemment tenir compte des nouvelles technologies, s’adapter à leurs habitudes et être créative, commente le gestionnaire. En ce qui concerne les enfants, le CABQ a, par exemple, produit des cahiers destinés aux élèves du primaire et qui visent, par des exercices interactifs, simples et amusants, à développer leur conscience collective. On leur suggère également des moyens concrets de s’impliquer de façon active dans la communauté. »

Chez les plus vieux

Sans surprise, les études confirment que les aînés sont ceux qui consacrent le plus grand nombre d’heures aux activités bénévoles. En fait, chaque bénévole de 65 ans et plus donne en moyenne 268 heures de son temps annuellement. L’investissement des représentants de la génération dite « silencieuse » est assidu et constitue actuellement la base de bien des organisations.

Les chiffres révèlent que plus du quart (26 %) des personnes âgées sont engagées bénévolement dans une multitude d’activités. Des activités qui leur permettent de transmettre leurs compétences, de se découvrir de nouvelles passions, de briser leur isolement, de se sentir utiles à leur communauté et de partager leur savoir.

« Malheureusement, ces personnes qui offrent énormément sont celles qui, du jour au lendemain, se retrouvent à leur tour en situation de besoin, indique M. Parent. On souhaite donc que la génération qui les suit, celle des baby-boomers, s’engage massivement dans l’action bénévole. L’approche employée pour les attirer et les retenir doit toutefois tenir compte de leur mode de vie, notamment en ce qui a trait à l’horaire qui leur est proposé. Il y a une adaptation à faire du côté des organisations. »

Selon le directeur général du CABQ, lorsque les baby-boomers participent à des séances d’information sur la préparation à la retraite, il devrait être davantage question d’action bénévole. « On en parle très peu. Il faut qu’ils sachent que le bénévolat est bon pour leur santé et qu’il peut les aider à vivre plus vieux ! »

Pratiques et tendances

« Un bénévole heureux est un bénévole qui s’engage pleinement ; il devient le meilleur porte-parole et agent recruteur de futurs bénévoles. Le contraire produit l’effet inverse multiplié par 10 », dit-on dans le milieu des organismes communautaires.

Au chapitre des besoins exprimés par les bénévoles, année après année, la formation figure en tête de liste. Ceux-ci aspirent, en effet, à développer leur savoir-faire, à l’enrichir et à posséder les connaissances et les meilleurs outils disponibles. « Il importe de se rappeler que la motivation d’un bénévole se maintient et se développe pour autant qu’il perçoive que le rapport entre ce qui lui en coûte pour être bénévole et ce qu’il reçoit est équilibré, tient à préciser Charles-Henri Parent. Qui plus est, la reconnaissance et l’appréciation sont importantes lorsqu’il s’agit de fidéliser les personnes qui acceptent de donner de leur temps. »

En matière d’engagement communautaire, le temps disponible constitue le principal changement à prévoir au cours des prochaines années. Et c’est sans compter la concurrence qui se fera de plus en plus forte à l’égard du recrutement des personnes. « On doit cependant se réjouir du fait qu’un nombre sans cesse croissant de grandes entreprises veulent avoir une retombée sociale, conclut le directeur du Centre d’action bénévole. C’est un phénomène nouveau qui permet de rendre de grands services et qui fait de plus en plus partie de la formation des travailleurs. L’action bénévole aide à renforcer les liens qui les unissent et à développer leur sentiment d’appartenance. Comme quoi il n’y a pas de limites aux avantages que procure le don de soi ! »

Saviez-vous que…

  • Le Québec compte plus de deux millions de personnes qui s’engagent dans leur communauté et qui effectuent environ 300 millions d’heures de bénévolat chaque année.
  • Les hommes sont tout aussi présents que les femmes dans l’action bénévole et ils y consacrent en moyenne plus d’heures. Les hommes et les femmes ne choisissent toutefois pas les mêmes types de causes ou d’activités.
  • Les secteurs des sports et des loisirs, des services sociaux et de l’éducation sont ceux où l’on trouve le plus grand nombre de bénévoles.
  • Le service d’orientation du CABQ (www.cabqinc.net) reçoit chaque jour des bénévoles potentiels qui souhaitent donner de leur temps et les aide à trouver une activité qui leur convient parmi les offres qui lui sont acheminées par différents organismes.

165 ans de don de soi

La Société Saint-Vincent de Paul est l’un des plus vieux organismes laïques de charité au Québec – elle célèbre d’ailleurs cette année, dans la capitale, son 165e anniversaire – et demeure l’un des plus importants, tant par le nombre de personnes qui y sont impliquées que par l’impact de ses actions. Forte d’une équipe composée de plus de 800 bénévoles, la Société propose un soutien direct aux personnes démunies, notamment sous forme d’aide alimentaire et vestimentaire. Le président du conseil central de la Société Saint-Vincent de Paul de Québec, M. Jean-Marc Vaillancourt, a d’ailleurs reçu le Prix engagement social Fernand-Dufour en janvier dernier, en reconnaissance de son implication hors du commun. Et tout comme lui, nombreux sont les membres de cette Société qui s’investissent corps et âme au sein de la communauté. M. Raymond Lévesque, président de la conférence Saint-Benoît-Abbé, en fait partie. « Chez nos membres, la moyenne d’âge est toutefois de 74 ans, une situation qui nous préoccupe beaucoup, rapporte ce dernier. Les aînés recrutent des gens de leur âge. Le pont est difficile à faire avec les plus jeunes. » Associé aux activités de l’organisme depuis une quinzaine d’années, M. Lévesque ajoute retirer une grande satisfaction personnelle de son engagement, qu’il voit comme une façon de « redonner ce qu’il a eu ».
Pour connaître la liste des activités de la Société et vous engager comme bénévole : www.ssvpq.org.

M. Jean-Marc Vaillancourt recevant son prix des mains du député de Vanier, M. Patrick Huot.
M. Jean-Marc Vaillancourt recevant son prix des mains du député de Vanier, M. Patrick Huot.
PUBLICITÉ
X